Mike Milosh: Masculinité captivante
Le chanteur canadien Mike Milosh de la formation Rhye a fait couler beaucoup d’encre avec son timbre sensuel et plutôt inhabituel. Après une prestation langoureuse au Cabaret du Mile-End en avril, Rhye revient par la grande porte du Métropolis pour enflammer le Jazz.
Les annales de la pop nous rappellent que les nombreux chanteurs aux timbres aigus et délicats n’ont pas été désavantagés par rapport à leurs confrères aux voix plus «viriles» – on n’a qu’à penser à Marvin Gaye, à Mika et à Prince ou à tous ces boys bands prépubères qui disparaissent de nos radars dès qu’ils atteignent la majorité. Mais un chanteur contralto à la voix élégante et sensuelle, qui ne quitte jamais ce registre haut perché? Là, le Canadien Mike Milosh, de la formation électro-soul Rhye, fait figure d’exception. C’est ce qui expliquerait pourquoi tant de critiques (à l’oreille pourtant affinée) l’ont confondu avec la grande prêtresse britannique du soul, Sade. Le magazine spécialisé SPIN a même décrit Milosh le mois dernier comme «un des gender-benders les plus convaincants de la pop».
«Thom Yorke a une voix beaucoup plus aiguë que la mienne, par exemple, mais mon timbre évolue toujours en douceur, car c’est ce qui me vient naturellement, résume Milosh, lorsqu’on le joint à Los Angeles. Si on remonte à l’époque baroque, les hommes chantaient très différemment. C’est dans les années 1940, je crois, qu’il y a eu une rupture de ton dans la façon de concevoir la masculinité. Si on veut m’étiqueter comme androgyne ou gender-bender (rires), choses que je n’aurais jamais vues venir, ça ne m’offense aucunement.»
L’électro-soul brumeuse et romantique de Rhye – un projet spontané signé Milosh et Robin Hannibal, un multi-instrumentiste danois qui est également de la formation Quadron – n’a pourtant rien à envier à l’interprète des charnelles Smooth Operator et No Ordinary Love. Au moment de lancer les premiers morceaux de Woman, leur premier album à la fois mélancolique, torride et terriblement accrocheur, Milosh et Hannibal n’ont dévoilé que deux mystérieuses silhouettes sur tout leur matériel promotionnel. Depuis, ils se produisent principalement dans des salles sombres, souvent illuminées aux chandelles. Rhye préfère se garder une petite gêne auprès des médias «afin de ne pas imposer d’expérience formatée au public», soutient Milosh, qui a habité Montréal alors qu’il étudiait la musique à l’Université Concordia.
Après avoir subjugué les Montréalais dans un Cabaret du Mile-End à l’éclairage tamisé en avril dernier, Rhye remet ça ce week-end, tout aussi emballé à l’idée d’apercevoir des couples d’amoureux enlacés au son de ses sulfureuses ballades. Ses compositions d’une simplicité désarmante font l’éloge de l’amour et du désir de façon intimiste plutôt que racoleuse – une nuance très importante aux yeux de Milosh. «Le fameux diction “sex sells” tient toujours, et la grande majorité de ce que nous propose la culture pop maintient ce portrait purement hédoniste de la sexualité. Pour ma part, je ne veux qu’être honnête à propos du fait que je suis amoureux. Je ne m’en cacherai pas, et je ne voudrais surtout pas exploiter ces émotions, car l’amour est quelque chose de si puissant!»
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Rhye au FIJM
Au Métropolis
Dimanche à 20 h 30