Comme le Mile End, au cœur de l’Abitibi
Si chaque musulman doit se rendre à La Mecque au moins une fois dans sa vie, tous les aficionados de musique alternative devraient faire au moins un pèlerinage au Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME).
Entre le concert d’ouverture de Karim Ouellet (hélas loupé!) et celui de fermeture par un très solide Yann Perreau fort ému (après s’être couché à l’aube en raison d’une jam), plus de 65 concerts ont été distillés çà et là pendant 4 jours dans les 13 salles du FME, qui se déroulait du 29 août au 1er septembre.
Vendredi, fin de soirée. Spectacle de Docteur V, look Cobain et voix de garnotte, qui chantait, tel un running gag, dans une ruelle pour la sixième année de suite, entouré d’une faune bigarrée qui n’était pas sans rappeler celle des manifs sur la place Émilie-Gamelin. Fort heureusement pour votre serviteur arrivé en retard, la trop trippante formation beatbox-pop-élecro Random Recipe, qui avait, semble-t-il, enflammé la veille le Cabaret de la dernière chance, a livré un concert acoustique dans une église orthodoxe russe le lendemain. Respect.
Les dilemmes
Vendredi, début des angoissantes questions : qui aller voir pour les 5 à 7? Puisque Hôtel Morphée, qui a fait salle comble, annonçait un retard (ennui technique), on s’est plutôt dirigé vers le lancement de l’album d’El Motor. Trop de monde pour voir, mais les notes ont cependant convaincu. Ensuite, détour par un autre bar pour découvrir le nouveau projet parallèle de Frannie Holder, des Random Recipe : Dear Criminals. Après avoir essuyé nos lunettes because condensation – c’est vous dire s’il faisait chaud –, constat : Frannie marquera son époque. Cette chanteuse-musicienne est aussi efficace qu’habitée. Détour pour aller voir Les Hôtesses d’Hilaire, menées par un gaillard en kilt. Cabotinage musclé. Ensuite, lancement du nouvel album d’Alex Nevsky dans un autre bar-sauna.
Très bonne pop accrocheuse, dont le côté plus dépouillé que sur l’album révèle davantage la puissance mélodique. On a adoré. Tout comme les quelques tuques sur les têtes des filles! La soirée s’est poursuivie avec le duo expérimental Forêt, dont la chanteuse Émilie Laforest, magnifique, chante haut. Très haut. Vertige. Groenland, formation mile-endesque qui évoque Arcade Fire, nous a séduit. Coup de cœur de Laurent Saulnier.
Notre samedi fut marqué par Tire le coyote. Bang au cœur. L’ouverture était assurée par Travelling Headcase, ancien foreur du coin converti à la miouse : folk planant, tel un loup hurlant sur la plaine. Le collectif Dead Obies, qui a cassé la baraque, nous a fait passer un moment délirant lors de l’événement hip-hop. Bonjour l’exutoire. Fin de soirée : Esmerine. Projet du percussionniste Bruce Cawdron de Godspeed You!… Encore sous le charme. Vite, il faut le record. On rentre après une saucette au délire dadaïste des Abdigradationnistes, qui ont fait… ruelle comble!
Dimanche, Fire/Works (folk hydroponique) et AroarA (un couple et des guits’ mes amis) ouvraient pour Yann Perreau et son spectacle de clôture, mis en scène par Michel Faubert et consacré aux textes de Péloquin. Lui qui dit dans Vertigo de toi : «Je ne vois pas le jour/Où l’on ne se verra plus/Avec toi je suis debout/Même quand je suis couché.» Paroles à plusieurs sens. Elles pourraient aussi très bien résumer cette formidable 11e édition du FME. Inch Allah.
Coups de cœur
- Random Recipe en concert intime dans… une église orthodoxe russe! Plein de belles promesses pour Kill the Hook, qui sortira le 8 octobre.
- Blonde Redhead au Paramount. Quand le geste minimal, les notes exploratoires, hypnotiques et spatiales rencontrent le charisme discret : flammèches.
- Tire le coyote qui chante Jésus, une pièce belle à pleurer, dans une salle de réception vintage où on a dû célébrer de nombreux mariages. Touchant.
- Yann Perreau et Xavier Caféïne. Deux féroces bêtes de scène au sommet de leur forme. Le premier langoureux et espiègle; le second brut et déchaîné. Bang!
- Esmerine. Ce collectif instrumental expérimental, lancé par le percussionniste de Godspeed You!, nous a tenus sur un fil entre transe initiatique et hypnose arabisante.