Potter devient poète
Dans Kill Your Darlings, l’interprète d’Harry Potter, Daniel Radcliffe, se glisse dans la peau d’un des fondateurs de la Beat Generation Allen Ginsberg. Métro a discuté poésie avec lui.
Il paraît que vous avez développé une super relation de collaboration avec le réalisateur John Krokidas.
Ç’a été l’un des plaisirs de tourner ce film. Vous savez, j’ai travaillé avec plein de cineastes, et c’est un des meilleurs directeurs d’acteurs que j’aie vu. Il m’a fait donner une performance que je ne savais même pas que je serais capable d’offrir. À certains moments, j’étais franchement inquiet et nerveux à ce sujet, et il avait la faculté de me garder calme et de me galvaniser en même temps pour que je fasse du bon travail. Il est de bon conseil. D’ailleurs, je lui ai donné mon scénario – j’ai fini d’écrire un scénario pour la première fois de ma vie. C’est probablement de la m—, mais je l’ai terminé. Alors bien sûr, je le lui ai envoyé, et il m’a tellement donné de bons conseils, c’est impressionnant.
Qu’est-ce qui vous intriguait le plus au sujet d’Allen Ginsberg?
Ce que je trouve intéressant à son sujet, c’est que sa confiance en lui est très intellectuelle et interne. Dans sa vie intérieure, il est tellement foutument confiant et brillant, mais ça ne se transmet pas dans sa vie «externe», dans ses interactions sociales. Alors quand il voit Lucien (Dane DeHaan), ce jeune homme évidemment beau, mais surtout charismatique, charmant, drôle, capable de parler à n’importe qui et qui n’est pas intimidé par les situations sociales, il tombe sous son charme. Parce que je crois que souvent, on tombe amoureux de caractéristiques que quelqu’un possède qu’on n’a pas nous-mêmes mais qu’on aimerait avoir. Lucien représente exactement ça pour Allen.
[pullquote]
Vous aimez la poésie moderne?
J’écoutais du Eminem récemment, et je ne peux pas penser à un poète américain que j’aime plus que lui au cours des 50 dernières années. Et ce qui est génial de son travail, c’est qu’on peut le lire. On peut aller lire les paroles de ses chansons et ce sont des foutus poèmes fantastiques et violents. Le niveau de jeux de mots, franchement, c’est de la matière de rêve pour un prof de poésie. Je crois que ça deviendra acceptable éventuellement. Comme Howl d’Allen Ginsberg l’est devenu. Dans les années 1950, jamais ça n’aurait été enseigné dans les écoles, et maintenant, oui.
***
Jack Huston le nostalgique
La vedette de Boardwalk Empire revêt le veston de Jack Kerouac dans Kill Your Darlings, qui jette un regard sur les balbutiements de la Beat Generation.
Alors, quel est le secret pour dresser un portrait juste des beatniks?
Je crois que nous sommes chanceux là-dessus, parce que le film se passe avant qu’ils ne deviennent des beatniks. C’est le moment où ils se sont rencontrés, et c’est toujours chouette de voir quelque chose qui prend son envol. On se rend rapidement compte que la personne-clé derrière tout ça, c’est Lucien Carr, le gars au sujet duquel je ne connaissais à peu près rien, et c’est l’un des aspects forts de ce film : il nous raconte une histoire qu’on ne connaissait pas. Je ne savais rien de cette histoire de meurtre, qui est très intéressante à mon avis. Je pense que le film raconte très efficacement une histoire, nonobstant la notoriété de ses personnages. Je constate qu’en ce moment, il y a un regain d’intérêt au cinéma pour la Beat Generation, et bien sûr ils arrivent tous en même temps, mais ce film se tient tout seul, indépendamment du contexte.
On dirait que tous les 20 ou 30 ans, des jeunes gens ressentent le besoin pressant d’anéantir tout ce qui est venu avant eux.
Oui, exactement. La chose la plus intéressante, c’est de s’imaginer ce que les gens vont dire dans 30 ou 50 ans. Vont-ils regarder en arrière et se dire : «Ah, j’aurais tant aimé vivre à cette époque. C’était génial!» C’est drôle de penser à ça. Je veux dire, nous vivons à une ère technologique dans laquelle les choses qui sont créées, les voix qui sont entendues, tout ça vient des gars de techno. On vit dans un film de science-fiction en ce moment, avec toutes ces tablettes et Skype et tout ça. C’est presque épeurant. Et je pense qu’il y a un aspect doux-amer à tout ça, je m’ennuie un peu du temps où on regardait autour et où on voyait des gens avec un livre à la main, ou en train d’écrire des trucs avec un stylo ou un crayon. Ça n’arrive plus si souvent. Tout est maintenant au bout de nos doigts. On n’a plus à sortir pour aller trouver quoi que ce soit. Si vous voulez un roman, vous pouvez l’obtenir en deux secondes en le téléchargeant. Avant, il fallait aller à la bibliothèque pour lire des trucs. Maintenant, tout est plus facile, ce qui est bien dans un sens parce qu’on bouge bien plus vite. Mais de l’autre côté, on perd un peu notre connexion à la littérature.
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=AxGgkEHmHHg&w=640&h=360]
Kill Your Darlings
En salle dès vendredi