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Huis clos dans un Bunker

Photo: Bertrand Calmeau

Martin Dubreuil et Patrice Robitaille se retrouvent seuls ensemble, face à leurs démons et à des questions morales accablantes, dans le Bunker imaginé par les cinéastes Patrick Boivin et Olivier Roberge.

Tremblay et Gagnon. Les deux patronymes les plus courants au Québec. Ce n’est pas un choix innocent qu’ont fait Patrick Boivin et Olivier Roberge en concoctant le scénario de Bunker, dont les personnages Tremblay et Gagnon sont des soldats exilés dans un bunker dans le nord du Québec, investis d’une mission: si l’alarme sonne, c’est qu’une attaque ennemie a eu lieu. Ils doivent alors déclencher la riposte nucléaire.

«À la base, on voulait combattre cette distance qu’on a facilement avec la chose militaire, affirme le scénariste Olivier Roberge. C’est pour ça qu’on ne leur a pas donné de grades, entre autres: on voulait que le public s’identifie facilement à eux, qu’il puisse les voir presque comme si c’était des chums de pêche… mais avec une décision de cette envergure à prendre. Ce qu’on voulait vraiment, c’était que les gens se posent des questions sur eux-mêmes. On ne veut pas faire la morale au monde, mais plutôt offrir des pistes de réflexion.»

L’idée peut sembler farfelue, mais elle est basée sur un fait divers qui avait capté l’attention de Patrick Boivin et d’Olivier Roberge, qui étaient à la recherche d’un nouveau projet commun après leur premier long métrage, Enfin l’automne (diffusé exclusivement sur YouTube). L’étincelle, affirme Roberge, est venue d’un article sur un ancien agent du KGB qui fait des tournées à travers le monde pour sensibiliser les gens au fait qu’il y a bel et bien eu, en URSS, un système de réponse automatique à une éventuelle frappe nucléaire, et que ce système était encore en fonction aujourd’hui. «Comme dans Dr Strangelove! compare-t-il. Mais ce qui nous a le plus marqués, c’est qu’au bout de ça, il y avait un bunker avec un soldat dont la mission était de déclencher l’attaque si l’alarme sonnait. On s’est dit: “Voyons donc! Comment tu peux vivre avec cette responsabilité?” Surtout aujourd’hui, alors que la guerre froide est terminée. On a fait des recherches et on s’est rendu compte qu’il y avait eu du nucléaire au Canada, et des bunkers – qui servaient surtout de lignes de défense contre des attaques russes, mais on n’était pas trop loin de quelque chose. On savait qu’on exagérait, mais ce n’était pas totalement désincarné.»

Et le débat moral était surtout prétexte à établir un duel d’acteurs, quelque chose qu’affectionnent particulièrement Boivin et Roberge: au départ, le «vétéran» du bunker, bavard et bon vivant, qui prend ces six mois dans le Nord comme des vacances, devait être joué par Antoine Bertrand, alors que le petit nouveau taciturne allait être interprété par Martin Dubreuil, qu’on a vu dans Les sept jours du Talion. Le désistement de Bertrand a fait en sorte que Dubreuil a hérité du rôle principal, et que le personnage plus sombre qu’il devait interpréter est désormais incarné par Patrice Robitaille. C’est que les cinéastes ont trouvé intéressant de donner aux acteurs des rôles différents de ce qu’ils ont l’habitude de jouer. «Patrice joue plutôt la grande gueule d’habitude, et on l’a rendu plus ténébreux, moins bavard, fait remarquer Roberge. Martin, on le connaît plus sombre, plus troublé au cinéma, mais il a un côté fêtard et rigoleur qu’on trouvait l’fun de mettre à l’écran.»

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Un rôle qui a néanmoins représenté son lot de défis pour le membre des Breastfeeders: «Il y a notamment des scènes de badtrip psychologique que j’ai trouvées encore plus dures que d’apprendre à pêcher à la mouche ou de nager dans un lac en plein automne, comme j’ai aussi dû le faire, avoue celui qu’on verra prochainement dans Les loups, de Sophie Deraspe, et dans Félix et Meira, de Maxime Giroux. Mais chose certaine, j’avais hâte de jouer un rôle principal dans un long métrage. J’aurais accepté pas mal n’importe quel scénario pour faire un film avec Patrick Boivin, avec qui j’avais déjà travaillé sur un court métrage. J’avais confiance en lui en partant, et ce scénario-là, un huis clos dans un bunker, me plaisait.»

Et au terme de ce tournage, les artisans du film savent-ils ce qu’ils feraient, eux, à la place des personnages? «Quand tu proposes une œuvre, ça finit par refléter ta vision du monde, affirme Olivier Roberge. Patrick et moi, en s’imaginant dans le bunker, on se disait que la décision serait assez rapide. Et ça serait probablement la même que dans le film…»

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=cXBXbHmh9fM?rel=0&w=640&h=360]
Bunker
En salle dès vendredi

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