L'Empire Bo$$é: la petite histoire d'un grand crosseur
La dernière fois qu’on les avait vus ensemble au petit écran, Valérie Blais mettait une sacrée raclée à Guy A. Lepage. C’était en 2009 dans Tout sur moi. Le réalisateur Claude Desrosiers les a réunis au grand écran pour les besoins de son nouveau film L’Empire Bo$$é.
L’Empire Bo$$é suit la carrière d’un homme (Guy A. Lepage) parti de rien, qui va devenir l’une des plus grosses fortunes mondiales et certainement l’homme le plus riche du Québec. C’est un vrai film d’argent et de magouille. Une caricature assumée du monde mêlé des affaires et de la politique.
«Je ne peux pas dire que je me suis inspiré d’une personne en particulier pour le personnage de Bernard Bossé, confie Guy A. Lepage. Le principe de ce genre de parasite, c’est que, quand un disparaît, un autre prend directement sa place. Bossé, au début, est intègre et fier de son honnêteté. Et puis, au fur et à mesure, il dérape.»
En l’espace d’une heure et demie, le film retrace 40 ans de scandales bien connus des Québécois, des grandes affaires ayant marqué la Révolution tranquille – construction du Stade olympique, tractations louches durant la construction des barrages, etc. – jusqu’à l’affaire des commandites et l’exploitation du gaz de schiste. «C’est la première fois qu’on dresse un portrait des liens entre finances et politique québécoise de manière aussi poussé au cinéma», déclare Claude Desrosiers.
Si, dans les jours, à venir certains politiciens et financiers décident de se rendre dans les salles obscures, ils vont sans aucun doute se sentir concernés. «Ça serait bien qu’ils se sentent visés, poursuit le réalisateur. On ne donne aucun nom, mais avec les années et les petites allusions, tout le monde peut comprendre qui est montré du doigt. On pourrait être poursuivis!»
La comédie – car c’en est une – réunit aussi Claude Legault, Magalie Lépine-Blondeau et James Hyndman. Tous ont dû se métamorphoser pour pouvoir couvrir les 40 ans de la saga Bossé. «Pour moi, grossir a été assez simple; je l’ai fait avec bonheur, avoue Claude Legault, qui joue le rôle de Coco, le meilleur ami de Bossé. Je suis allé me promener 10 semaines en France et je ne me suis privé ni de bouffe, ni d’alcool. Résultat, 15 lb gagnées facilement!»
Pas facile pourtant de devoir jouer à la fois le jeune premier d’à peine 20 ans et l’homme mûr de 60 ans. Guy A. Lepage s’est lui aussi prêté à l’exercice avec plaisir, malgré la difficulté. «J’ai trouvé ça tough de jouer un jeune de 20 ans, raconte l’acteur. Il fallait que je fasse attention à ma posture; et puis, comment être naturel avec des machins sur le visage qui ne sont pas à toi?»
L’ambiance sur le plateau de tournage ressemblait davantage à celle d’une colonie de vacances qu’à celle du panier de crabes présenté sur la pellicule. «C’est toujours un plaisir de travailler avec Guy A, il y a vraiment une chimie naturelle entre nous, c’est presque familial», déclare la comédienne Valérie Blais.
On retrouve aussi des personnalités invitées à jouer leur propre rôle à l’écran, dont Lise Watier, Georges Hébert ou encore Gilbert Rozon. «Demander à Gilbert de participer, c’était une évidence, commente Claude Desrosiers. Il est tellement proche des milieux de la corruption!»
«Si je venais à croiser Bernard Bossé dans la rue, je ne crois pas que je l’insulterais ou que je serais violent, conclut l’animateur de Tout le monde en parle. Il faut quand même une belle force de caractère pour être à la tête d’un empire. Moi, je n’ai rien contre les businessmen, juste contre les mégacrosseurs.»
Bossé vs Lacroix: scandales inspirants
L’affaire Vincent Lacroix est parmi celles qui ont le plus inspiré les acteurs. «Comment un homme peut ainsi escroquer les individus qui lui ont confié leurs économies?» se demande Valérie Blais. Son camarade Claude Legault est plus extrême. «Ce mec devrait passer sa vie en dedans, assure le comédien. Les gens qu’il a floués, ils vont galérer tout le restant de leur vie, et ça, c’est écœurant. Bossé n’est pas comme ça, il conserve un côté humain.»
L’empire Bo$$é
En salle dès vendredi