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Beauté fatale : parlons-en

Léa Clermont-Dion et Mitsou Gélinas Photo: Télé-Québec

Petite introduction rapide : je suis un homme. Début trentaine, d’apparence moyenne, un peu bedonnant, bien dans sa peau la plupart du temps. Sauf une fois au chalet, genre.

Ceci étant clarifié, ai-je le droit de critiquer le documentaire Beauté fatale? Plus précisément, ai-je le droit de le critiquer sans qu’on pense que je m’attaque à la condition de la femme et au message du film?

Comprenez mon dilemme, aussi banal semble-t-il.

La collègue Judith Lussier disait ceci : «Peu d’hommes comprennent, et on en a eu un bel exemple sur le plateau de Tout le monde en parle dimanche soir, la difficulté pour une femme de s’en sortir gagnante dans l’arène de l’apparence. »

J’en suis et je lève la main bien haute, sans gêne. Je ne comprends pas. Pas parce que les problèmes sont incompréhensibles ou déraisonnables. Non, je ne comprends pas parce que les motivations masculines, dès notre plus jeune âge, reposent sur le succès et l’atteinte de celui-ci. La beauté est limite superflue pour un homme s’il est dépourvu de succès, d’ambitions, de « standing » dans la vie.

Peut-être qu’il y a une piste de solution ici? Au lieu de pointer du doigt les compagnies cosmétiques et Mattel, pourrait-on chercher à changer les fâcheuses tendances qui soulignent que les femmes sont attirées par le succès et les hommes par la beauté physique?

En passant, je coupe un peu les coins ronds exprès. Il y a beaucoup plus de nuance, mais l’idée est de sortir les grandes lignes pour mieux s’y retrouver.

Léa Clermont-Dion fait un bon travail dans sa démarche d’exposer les travers de cette industrie de la beauté qui, pour elle et plusieurs autres femmes, est nuisible à l’épanouissement au féminin. Encore là, je ne peux pas prendre la parole au nom des femmes, mais je peux saluer le désir d’être entière, et non soumise à des standards établis par une industrie. Le hic, c’est qu’on se perd dans la quête très intime de madame Clermont-Dion. On se perd parce que forcément, on ne peut pas vivre son expérience comme elle l’a vécue. On ne peut pas lire ses pensées, ressentir ses émotions.

Son document, dans sa forme présentée mardi, peut ainsi paraître froid et distant. Voilà pourquoi je me pose la question : puis-je le critiquer pour ce qu’il est (un documentaire) ou dois-je l’approcher comme ce qu’il cherche à faire (dénoncer un problème qui afflige beaucoup de femmes)?

« Damned if you do, damned if you don’t »

Contrairement à plusieurs, les paradoxes de Léa Clermont-Dion ne me dérangent pas du tout. D’ailleurs, elle les affronte de front dans ce documentaire et c’est très honorable. Ce qui me dérange, d’une certaine façon, c’est le fait qu’elle risque de nuire autant qu’elle aide avec son documentaire. Parce que les troubles alimentaires, tout comme les complexes, n’ont pas tous le même visage. Celui de Léa en est un, public, engagé et inspirant. Celui d’une Julie à Québec (exemple fictif) pourrait être intimidé par celui de Léa.

Comme je disais : « Damned if you do, damned if you don’t »

C’est tout de même un documentaire à voir, ne serait-ce que pour la réflexion et la discussion qui s’en suivra sur plusieurs tribunes. Personnellement, je vais devoir le nuancer avec d’autres documents, parce que j’aimerais comprendre, j’aimerais être adéquatement sensibilisé au problème.

Léa Clermont-Dion expose très bien et elle se livre sans filtre, mais elle ne sensibilise pas tant. Malheureusement. Et l’utilisation de vox-pop obscurcit le propos, à mon humble avis.

On le visionne par ici sur le site de Télé-Québec et, surtout, on ouvre la discussion. Parlez-en, c’est ça le plus important.

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