Xavier de toute façon
À 23 ans à peine, Xavier Dolan n’a déjà plus besoin de présentation. Le réalisateur s’envolera bientôt pour Cannes afin d’y présenter son troisième film, Laurence Anyways, que nous avons vu avant son départ. Entretien avec l’enfant prodige du cinéma québécois.
Laurence est un homme qui aime Frédérique. Frédérique est une femme qui aime Laurence. Mais Laurence ne se sent pas à l’aise dans son corps et décide de changer de sexe. Durant les 2 heures 40 que dure le film, on assiste aux tentatives du couple pour survivre à cette transition imprévisible.
«C’est avant tout à eux-mêmes que Fred et Laurence se confrontent, explique Xavier Dolan, le réalisateur de Laurence Anyways. Ils doivent braver l’influence conservatrice de leurs familles, le mépris de leur entourage et d’une société qu’ils dérangent. Et au final, c’est sûrement Laurence qui est la personne la plus saine de tout le film.» Il faut avouer qu’au milieu d’une foule de personnages tantôt profondément sombres, tantôt hauts en couleur, ce professeur de littérature transgenre passerait presque inaperçu.
Pour la troisième fois de sa courte carrière, Xavier Dolan partira conquérir Cannes et sa Croisette, mais pas forcément dans la catégorie où il espérait figurer. En effet, Laurence Anyways a été sélectionné dans la catégorie Un certain regard. «Le prix Un certain regard, je m’en fous, affirme Xavier Dolan. Ce qui m’importe, c’est la réception des critiques et du public, qui, je l’espère, seront touchés par le film», assure-t-il.
Après J’ai tué ma mère (2009), où il traitait des difficultés de l’amour filial, Les amours imaginaires (2010), qui évoquait la compétition de deux amis pour un même garçon, Xavier Dolan décline encore une fois et à sa manière une histoire d’amour difficile, sinon impossible. «Ce doit être dans ma nature et dans mes préoccupations que de traiter de ce thème», confesse le cinéaste.
Cette fois-ci, le film se déroule dans les années 1990, une décennie durant laquelle, selon l’auteur, les préjugés se sont adoucis sans toutefois disparaître. «J’ai voulu travailler sur la manière dont la société juge les gens différents et les oblige à devenir des marginaux. Encore aujourd’hui, la transsexualité demeure le dernier grand tabou.» De plus, ces années représentent pour le réalisateur la nostalgie de son enfance.
Comme dans ses films précédents, Dolan accorde une place particulière à la bande-son qui accompagne ses images. On y retrouve l’essence des années 1980 et 1990, notamment grâce aux grands titres classiques de The Cure, Duran Duran… et même de Céline Dion!
Il faut dire que, dans un film aussi long et dense, la musique joue un rôle essentiel pour ponctuer l’évolution des personnages. «Ces musiques poursuivent le spectateur en dehors du film pour qu’il puisse mettre ses propres souvenirs et sa vie intime à contribution», explique le cinéaste, qui s’est chargé lui-même de cette sélection.
Pour cette œuvre, Dolan a réuni un casting franco-québécois assez alléchant. Nathalie Baye, Melvil Poupaud (Laurence), Mylène Jampanoï, Suzanne Clément (Frédérique), Mona Chokri, Sophie Faucher, Yves Jacques et David Savard. «J’avais choisi Louis Garrel [remplacé par Melvil Poupaud au pied levé] et Nathalie Baye dès l’écriture du scénario», explique le réalisateur.
Si plusieurs des muses du cinéaste font partie de la distribution, celui-ci se défend de travailler par réseau. «J’ai écrit certains rôles en pensant à certains de mes amis, mais ce n’est pas un impératif qu’ils soient là», se défend le jeune homme.
Malgré la promotion de son film et l’effervescence suscitée par sa sélection cannoise, le réalisateur se dit très au fait de l’agitation étudiante actuelle. «C’est un conflit très inspirant, une bouffée d’espoir qui permet aux Québécois de se positionner contre un gouvernement qui a perdu leur respect et leur estime, s’emporte le cinéaste de 23 ans. C’est pour cela que j’ai tenu à participer à certaines manifestations, même à celle en sous-vêtements.» Une marche que le chouchou des critiques de cinéma québécois a tout de même fait… habillé.
Des projets plein la tête
Xavier Dolan a confié à Métro que son prochain long métrage porterait sur la génération des baby-boomers. C’est seulement après qu’il compte se lancer dans l’adaptation de la pièce Tom à la ferme, de Michel-Marc Bouchard, annoncée vendredi dernier. «Je veux exploiter le côté pervers et inquiétant de la pièce pour en faire un thriller psychologique», précise Xavier Dolan. Sa productrice, Lyse Lafontaine, nous a assu-ré qu’elle soutiendrait encore ces projets. «Nous allons prochainement déposer en développement ces jolis projets à venir», a-t-elle déclaré.
Laurence Anyways
En salle dès le 18 mai