Luzer Twersky: Tout le pouvoir du cinéma
Il y a des films qui changent des vies. Les vies de ceux qui les voient, les vies de ceux qui y jouent. Félix et Meira a bouleversé celle de Luzer Twersky. «À un point inimaginable! Et sur tellement de plans!»
Il arrive dans la salle d’un pas guilleret, lunettes rondes et roses sur le nez. Ne s’enfargeant pas dans les mondanités ou dans les classiques poignées de main, il distribue des bisous à la ronde. «Mes amis me demandent ce qu’on fait dans les festivals de cinéma. Je réponds: deux choses! Voir des films… et aller dans des soirées!»
Celle de la veille, Luzer Twersky raconte l’avoir passée à discuter avec des cinéastes pakistanais, venus présenter leur long métrage au festival de Palm Springs. «Ils me disaient à quel point la plupart des gens qui entendent “Pakistan” pensent instantanément “immeubles bombardés”. Tout de go, sans aucun contexte! Et c’est pour ça qu’ils font du cinéma: pour que les spectateurs voient les humains qui vivent dans leur pays. Leur quotidien. Juste leur putain d’ordinaire de quotidien.»
Comme ses nouveaux amis réalisateurs, Luzer est habitué aux préjugés concernant ses origines, et ses choix de vie. Élevé dans la religion juive hassidique, l’acteur brooklynois a un jour pris l’immense décision de quitter la communauté, sa maison, sa famille. Il a vécu dans la rue, sur le sofa de ses copains, avec toujours en tête un rêve. Non, une certitude : devenir acteur. «Il y a une conversation dont je me souviendrai à tout jamais. C’était à l’époque où je dormais sur le plancher de mon super pote, Dziadzio. Il m’a demandé ce que je voulais faire maintenant que j’avais tout laissé derrière moi. Je lui ai répondu : « Des films. » Il m’a dit: « C’est ridicule. Personne n’y arrive! » J’ai dit: « Peut-être. Mais moi, je vais y arriver. »»
«La vérité, c’est que ce film a été fait par des gens qui avaient le sujet à cœur et qui voulaient faire un portrait honnête. Ça fait toute la différence! C’est comme ça qu’on fait du grand art.» -Luzer Twersky, acteur
Et parce qu’il ne fait pas dans la demi-mesure, Luzer s’imaginait déjà aux Oscars. «Et tu vois, cette année, j’ai été à ÇA d’y être!» s’exclame-t-il.
C’est vrai : Félix et Meira, un long métrage réalisé par Maxime Giroux dans lequel l’acteur incarne un homme très croyant, qui voit sa femme tomber amoureuse d’un Québécois athée et lui échapper, a été soumis par le Canada dans la catégorie du Meilleur film étranger. À la grande surprise, pas juste locale, mais des observateurs d’un peu partout dans le monde, l’œuvre, acclamée, n’a pas été retenue par l’Académie.
Signe toutefois que Luzer était peut-être réellement à ÇA d’y être, aux Oscars: le drame montréalais en yiddish-français-anglais est présenté pour une deuxième année consécutive à Palm Springs. Un festival où sont sélectionnées des œuvres qui se distinguent habituellement, par la suite, dans la course aux trophées. Y être projeté une année après l’autre? Une rareté.
Cela dit, pour le charismatique comédien, cette présence dans le désert californien représente le dernier droit de «l’aventure Félix et Meira». La dernière phase de ces «montagnes russes» qui l’ont amené à raconter son histoire de Genève à San Sebastian, en passant par Toronto. «Je ne sais pas comment expliquer ce succès… Le film a vraiment une résonnance. Les gens connectent avec les juifs hassidiques comme ils ne l’ont jamais fait auparavant. Plutôt que de les voir comme des stéréotypes, ils les voient enfin comme de vraies personnes.»
Et Luzer, lui, voit sa carrière prendre un envol inespéré (il a entre autres tenu un petit rôle dans la récompensée télésérie Transparent, sur un père de famille qui change de sexe). En fait, le tourbillon a été tel qu’il avoue : «Après ce festival, je sens que je vais redescendre lentement sur terre. Je sais qu’on dirait un cliché. Comme ces célébrités – même si je n’en suis pas une, on s’entend! – qui, après de gros projets, disent: oh, tout ce que je vais faire à présent, c’est juste me détendre et relaxer. Maintenant je les comprends! Là, je veux rester à la maison, ne rien faire et écouter des téléséries.»
Mais presque 45 secondes plus tard, ce showman de Twersky note que oh! En passant! Il travaille lui-même sur une «série inspirée de sa propre expérience». Donc, le repos va attendre, hein? «Mais là! Une télésérie! À moi! N’est-ce pas le rêve de tout acteur?» Pas le rêve, Luzer. La certitude. La certitude.
La bande-annonce du film Félix et Meira
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=_fbiiQssaTQ]