Un Green d’âge mûr
Il a enchaîné les farces télévisées, a réalisé un des films cultes les plus mal reçus de tous les temps et s’est fait virer de la huitième saison de Celebrity Apprentice par un Donald Trump enragé lui hurlant: «Tu étais nul! Sors! Go!» Feuille de route bien remplie, 44 ans de vie, des montagnes de mauvais coups et de coups durs derrière lui, le comique Tom Green revient à ses premières amours. La scène et le stand-up.
Que ça lui plaise ou non (mais ça lui plaît), le nom de Tom Green reste pour toujours associé à la comédie culte Freddy Got Fingered, parue en 2001. Dans ce délire complètement débile, rempli de gags aussi niaiseux que tordants, impliquant un casque de fromage, des animaux en rut, une chanson de saucisse et un costume porté à l’envers, l’humoriste incarnait un bédéiste abruti qui faisait connerie sur connerie. «Ça reste probablement une des choses les plus populaires que j’aie jamais accomplies! s’exclame-t-il. Il m’est arrivé de travailler avec de plus gros studios et des scénaristes plus établis, mais ça, c’était un truc complètement pété et disjoncté que j’ai écrit et réalisé tout seul. Et nous voici, 15 ans plus tard, en train d’en parler.»
Il ajoute que «chaque fois qu’il sort de chez lui», quelqu’un lui dit que ce film, qualifié par les fans de plus sous-estimé de tous les temps, «a changé sa vie»! Tu ne charries pas un peu, là, Tom? Changé des vies? «Non. C’est une énième preuve des erreurs que commettent les médias. Ils ont dit que Freddy Got Fingered était pourri. Mais le public l’a adoré! Ça m’a fait voir le décalage qui existe entre les médias et le monde.»
«Dénicher les choses les plus étranges, hypocrites et injustes qui se passent dans ce bas monde et les mettre en lumière tout en m’en moquant. C’est ÇA que j’aime faire.» – Tom Green
Comme s’il craignait de nous avoir offensée, il enchaîne directement: «Ne le prends pas personnel!» Ha! Jamais de la vie. Ça nous a fait rigoler. «Moi aussi, je fais partie des médias, tu sais!» Oui, oui, Tom, t’inquiète.
Résidant aujourd’hui à L.A., l’humoriste ontarien a connu une montée vers la gloire quand son émission, The Tom Green Show, est passée d’une chaîne locale d’Ottawa au symbole du cool des nineties, MTV. C’était vraiment le pic des gags faits de cascades et de «on se fait mal, on fait des choses stupides, on met les gens mal à l’aise». Plusieurs affirment d’ailleurs que les gars de Jackass doivent vraiment beaucoup au barbu canadien… et qu’ils auraient dû lui donner un peu plus de crédit pour avoir embrassé et popularisé un «style d’humour à la Tom» (mais ne lui en parlez pas, ça reste un sujet sensible).
Dans son émission à laquelle il a dû mettre un terme en 2000, après avoir été diagnostiqué d’un cancer («Je suis un survivant», rappelle-t-il), on le voyait par exemple entrer dans une pharmacie pour acheter des préservatifs, en criant: «C’est vraiment gênant d’acheter des condoms, mais je le fais parce que je compte faire l’amour à une femme ce soir!» Évidemment, rires nerveux et regards gênés accueillaient sa prestation, qui se terminait par une dame choquée le réprimandant pour son attitude et lui recommandant d’essayer l’abstinence. «Oh, merci pour la suggestion! Comment ça se porte, l’abstinence? Ça s’enfile d’une manière particulière?» Sur le web, on trouve aussi de vieux clips montrant Tom, bien installé sur le bord de la route avec un petit stand et une pancarte façon «limonade 25 ¢», sur laquelle on lit plutôt «Urine et cocaïne!» Un titre vendeur qui attire les klaxons, les clients potentiels. Et la police.
Aujourd’hui, Tom Green assure que ce type excessif qu’il était à l’écran «était un personnage». Quand il monte sur scène aujourd’hui, c’est «le vrai lui»? «C’est une combinaison. Des fois, je n’arrive pas à savoir moi-même où le personnage s’arrête et où le vrai moi commence. Quand je suis sur scène, j’offre une performance. Tant dans les sujets que dans la manière dont j’en parle. C’est vraiment rapide, énergique et dingue.»
C’est aussi nostalgique. Un peu. Car contrairement à bien des artistes qui deviennent blêmes en entendant le mot «nostalgie», papapam, T.G. salue le temps qui a filé. Et les bonnes choses qui sont restées derrière. «Je fais des références au passé. À des vieux trucs.» Car il en a, du vécu. Parmi les éléments notables sur son curriculum, on compte son mariage éclair avec Drew Barrymore. Et son passage à Celebrity Apprentice. Une téléréalité pure et dure animée par Trump, Donald, à une époque où peu de gens auraient pu prédire que le milliardaire à la moumoute serait un jour dans la course à autre chose qu’aux cotes d’écoute. «Je trouve ça incroyable ce qui lui arrive. Et pas forcément de manière positive, remarque Green. Cela dit, ce n’est pas comme si j’étais tellement inquiet et bouleversé par le fait que Trump puisse devenir président que je n’en dors pas la nuit. J’ai eu du fun dans son show! Il m’a fait penser à beaucoup d’amuseurs publics. Il a besoin d’être le centre de l’attention, il est narcissique… Je suis plutôt content qu’il m’ait foutu dehors. Ça me donne la chance d’analyser la situation actuelle avec une perspective unique.»
Autre chose qu’il aime analyser? «Les relations, le monde d’aujourd’hui et l’amour excessif que les gens portent à leur téléphone. Je trouve ça ridicule.»
Pourtant, le ridicule, celui qui est marrant, lui tient à cœur depuis qu’il est haut comme ça. «Quand j’étais encore un p’tit gars, j’appelais les stations de radio en faisant semblant d’être un adulte. Et je me mettais à débiter n’importe quoi. Cette idée de faire des mauvais coups m’a toujours guidé. Et je pense qu’un des principes fondateurs de l’humour, c’est d’obtenir une réaction rigolote.»
Pour ce faire, Tom Green a fait mille et une folies. Entrer dans un dépanneur et se recouvrir le visage de moutarde pour en «tester la qualité». Éventrer des sacs de lait et en verser partout sur les invités du talk-show de fin de soirée qu’il a brièvement animé. Signe qu’il a mûri, entre guillemets: aujourd’hui, il a une bière qui porte son nom. Consécration. «Maintenant, c’est ça que je me verse sur le corps. Vous devriez essayer.»
Tom Green
À la salle André-Mathieu de Laval
Lundi le 7 mars à 20h
En première partie: Mike Ward