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PDF Québec - Collaboration spéciale

À la suite de la publication d’un article sur le sujet en février dernier, l’organisation féministe Pour les Droits des Femmes du Québec (PDF Québec) a été invitée par le Journal Métro à s’expliquer sur les raisons qui l’ont conduit, à l’instar de 338 organismes répartis dans 134 pays, à signer la Déclaration des Droits des Femmes fondés sur le sexe. PDF Québec profite de cette opportunité pour souligner cette ouverture du Journal Métro à la diversité des points de vue en permettant à ses lecteurs de se familiariser avec l’angle du féminisme universaliste.

Depuis quelques années, les personnes transgenres et non-binaires ont réalisé de spectaculaires avancées vers la reconnaissance de leurs droits. Une société égalitaire et progressiste ne peut que s’en réjouir et PDF Québec partage ces valeurs. Mais un nombre grandissant de femmes s’interrogent sur les moyens de concilier ces avancées et les faire co-exister harmonieusement avec les droits des femmes fondés sur le sexe. C’est dans cette perspective que s’inscrit cette discussion.

Pour entreprendre un dialogue, il va de soi que les interlocuteurs doivent s’entendre sur des référents communs. Une bonne communication et la recherche de solutions ne peut se faire si les interlocuteurs assignent des sens différents aux mots qu’ils utilisent. Les termes sexe, femmes et hommes auxquels nous nous référons sont ceux des dictionnaires et correspondent aux définitions inscrites dans nos textes de loi, y compris les Chartes canadienne et québécoise.

En 1979, le Canada a adhéré à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF). Le sexe y est défini comme étant « les caractéristiques physiques et biologiques qui différencient hommes et femmes ». Ces droits reconnus aux femmes touchent la protection de leur intégrité physique, ceux liés à leur santé reproductive ainsi que les mesures pour les protéger des discriminations et des violences sexuelles.

Pourquoi est-ce important de le rappeler?

Les femmes composent une catégorie biologiquement et juridiquement déterminée sur le seul critère qu’elles ont commun : leur sexe. Si les femmes ne revendiquaient plus leurs droits collectifs sur la base de ce dernier, sur quel critère pourraient-elles le faire? Revendiquer leurs droits sur la base d’une identité de genre « féminine » ne saurait être une option juridique souhaitable puisqu’il faudrait que les femmes définissent d’abord ce qu’est une « identité de genre féminine » et qu’ensuite, elles conviennent que toutes les femmes la partagent. Or, la majorité des femmes ne revendiquent pas d’identité de genre. Pourquoi le feraient-elles? Le genre faisant référence aux rôles stéréotypés attendus des hommes et des femmes et traduisant les rapports inégalitaires entre les sexes dans une société, il paraît évident que les femmes ont peu d’intérêt à vouloir s’y enfermer ou s’y conformer. Il serait rétrograde de revendiquer les droits des femmes en fonction des attentes sociales sexo-spécifiques issus d’une époque révolue.

Les féministes universalistes ne nient pas que des personnes transgenres ressentent une identité de genre, mais elles questionnent l’extension de ce sentiment à l’ensemble de la population.

L’exemple du sport

Il n’est pas dans l’intérêt des femmes de remplacer le mot « sexe » par le concept « d’identité de genre » pour définir la catégorie juridique « femme ».

Il suffit d’appliquer cette substitution à l’exemple du sport pour en comprendre les impacts. La CEDEF engage les pays signataires à garantir aux femmes un accès à des activités physiques non-mixtes, précisément en raison de leurs caractéristiques physiologiques différentes de celles des hommes.

Les avantages physiologiques des hommes sur les femmes s’acquièrent au moment de la puberté, soit au moment où le corps masculin reçoit le plus grand afflux de testostérone de toute sa vie. Cette puissante charge hormonale lui permet de développer les caractéristiques physiques suivantes : Les hommes sont (en moyenne) 4 à 5 pouces plus grands que les femmes, leurs bras et leurs jambes sont plus longs proportionnellement à leur corps, leur masse musculaire représente 40 à 50 % de leur poids (soit 10 à 15 % de plus que pour les femmes). Les hommes ont un cœur plus gros qui leur permet de pomper plus de sang dans le corps et des poumons plus volumineux permettant aux tissus de recevoir plus d’oxygène. Ces avantages acquis à la puberté ne se résorbent pas. La taille d’un homme ou ses organes ne peuvent « rétrécir ».

C’est en raison de ces faits biologiques que les nouvelles directives du Comité international olympique visant l’inclusion des transfemmes dans les catégories féminines sont peu efficaces à réduire les avantages de la masculinité. En dépit des exigences envers les athlètes transgenres d’abaisser leur taux de testostérone à 10nmol/litre de sang (soit 5 fois plus que la moyenne des femmes athlètes) les avantages cités plus haut persistent et discriminent.

Une étude de l’université Karolinska (Suède, 2019) a démontré que les athlètes génétiquement masculins demeurent, en moyenne, 15 % plus rapides, 30 % plus puissants et 25 à 50 % plus forts que les athlètes « génétiquement » féminines, même après avoir été soumis à une hormonothérapie pendant 12 mois. Des écarts énormes, considérant les minuscules mesures de temps ou de distance qui distinguent l’or de l’argent et l’argent du bronze. Du fait de ces nouvelles politiques, les athlètes féminines sont discriminées du fait des caractéristiques biologiques associées à leur sexe et de surcroît, dans leur catégorie sportive.

Les normes sont encore plus inéquitables dans le sport universitaire canadien. En dépit de tous les avantages masculins énumérés précédemment, la politique d’inclusion du sport universitaire canadien n’est pas conditionnelle à ce qu’un athlète-étudiant se soumette à une hormonothérapie pour être autorisé à concourir dans ce qui correspond à son identité de genre. Sachant que le sport universitaire est souvent associé à des bourses universitaires, la politique n’en paraît que plus inéquitable envers les jeunes femmes.

De nombreux autres aspects de la vie des femmes sont affectés par le remplacement du concept de sexe par celui du genre. PDF Québec invite le lectorat du Journal Métro à consulter la Déclaration des droits des femmes fondés sur le sexe pour en prendre connaissance.

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