Débats

La ségrégation n’est pas une solution à l’itinérance

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Un homme itinérant transporte ses effets personnels dans le centre-ville. Photo: Josie Desmarais | Métro

Dans le cadre d’une activité d’échanges entre les personnes candidates à la mairie de Montréal, un chef de parti a proposé la ségrégation des personnes en situation d’itinérance pour combattre cet enjeu social. Dans les propos rapportés sur le site de Radio-Canada, on y trouve un éventail de préjugés envers les personnes en situation d’itinérance. Nous croyons important de rectifier certains faits. 

Non, l’itinérance n’est pas un choix de vie. Pour certaines personnes, il s’agit d’un choix dans un bassin limité tandis que pour d’autres il s’agit plutôt du résultat d’une série d’événements de désaffiliation sociale. Bien que l’on puisse observer certaines trajectoires similaires, le phénomène de l’itinérance est complexe et pluriel. Ainsi, que l’on parle des personnes aînées, jeunes, femmes, autochtones, racisées, trans* ou non-binaires, les parcours menant à l’itinérance sont uniques et les réponses à offrir doivent en tenir compte. 

Or, l’idée avancée par M. Thibodeau qu’il est « impossible de sortir les sans-abri de la rue » repose sur une mécompréhension du phénomène. L’itinérance chronique, souvent la plus visible, est associée au stéréotype du clochard que l’on croise à l’extérieur des commerces ou dans l’espace public. La population itinérante, qu’elle soit de milieu urbain ou rural, est pourtant beaucoup plus diversifiée et peu « visible ». 

Si le candidat estime « impossible » une sortie de la rue, c’est qu’il regarde ces personnes comme étant le problème. Elles ne le sont pas. Elles sont les symboles de causes bien plus grandes, mais surtout de notre incapacité faire des choix de société qui permettraient à toutes et tous de vivre selon leurs aspirations. Pour sortir de l’itinérance il ne faut pas « devenir quelqu’un de différent », comme nous suggère l’aspirant maire, mais (re)devenir soi-même. C’est à la société de s’assurer qu’elle est inclusive de tout son monde. 

Bien que l’expérience de M. Thibodeau en matière d’offre de logements pour personnes en situation d’itinérance n’ait pas été concluante, elle reste l’une des solutions à inclure dans la lutte à l’itinérance. Encore faut-il que cette offre soit accompagnée d’un soutien communautaire afin permettre aux personnes de maintenir une stabilité résidentielle qui s’inscrit dans la durée. 

Il faut aussi mieux financer les groupes communautaires qui font de l’hébergement, offrent des repas, des haltes et qui font autant de la prévention que de la lutte à l’itinérance. Il faut s’attarder davantage aux déterminants sociaux de la santé. Ceux-ci « comprennent un large éventail de facteurs personnels, sociaux, économiques et environnementaux». On y trouve entre autres le revenu, le statut social, l’éducation et la littératie, l’emploi, le soutien social, l’accès aux services en santé et plus encore. 

En prenant compte de tout ce savoir sur l’itinérance, on ne peut que s’offusquer de la proposition du chef d’Action Montréal d’offrir aux personnes en situation d’itinérance un terrain, « loin des commerces et du voisinage », pour qu’elles fassent pousser des légumes. Son projet ségrégationniste prévoit un retour en société afin d’y vendre le produit de leur culture, mais ce cocktail d’exclusion, travail et productivité est la trame même du système capitaliste qui carbure aux inégalités. Il n’est en rien un gage de soutien et de réaffiliation sociale. Il ne tient pas compte des efforts à déployer auprès des jeunes afin que ne se cristallise pas ce mode de survie difficile. 

L’occasion est donc belle pour M. Thibodeau ainsi que pour l’ensemble de la population de voir derrière les apparences en allant à la Nuit des sans-abri le 15 octobre prochain. Différentes activités prendront place dans plus de 40 villes et municipalités au Québec lors de cette 32e édition. Nous vous invitons à vous informer et à démontrer de la solidarité envers les personnes en situation d’itinérance et les organismes qui travaillent en prévention et en lutte à celle-ci. Plus d’informations ici

Marc-André Bélanger, Coordonnateur du développement des pratiques, Regroupement des Auberges du cœur du Québec 

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