Soutenez

Conciliation travail-études, un double emploi profitable?

Le temps où les étudiants pouvaient se concentrer uniquement sur leurs études semble bel et bien révolu. Aujourd’hui, près de 85 % occupent un emploi rémunéré. Loin d’être problématique à tous les points de vue, la conciliation travail-étude permet aux étudiants de développer un meilleur sens de l’organisation… à condition de se fixer des limites raisonnables.

La conciliation travail-étude n’est pas un phénomène nouveau. Il s’agit toutefois d’une tendance qui s’est ancrée au fil des ans.

«Je travaille dans le milieu de l’éducation depuis 21 ans et, déjà à mes débuts, c’était une préoccupation de voir disparaître les étudiants dits traditionnels, qui se concentraient uniquement sur leurs études, au profit d’étudiants qui travaillaient un certain nombre d’heures», a indiqué Christian Bégin, psychologue et professeur au département d’éducation et de pédagogie de l’UQAM.

«Au Québec, on peut situer au début des années 1990 le moment où les étudiants
ont commencé à travailler pendant leur année d’étude et non plus seulement l’été,
a précisé Jacques Hamel, professeur de sociologie à l’Université de Montréal et membre de l’observatoire Jeunes et Société. En 1992, la Loi sur les heures et les jours d’admission dans les établissements commerciaux a permis l’ouverture des commerces le dimanche et ces commerces avaient besoin d’une main d’Å“uvre flexible prête à travailler la fin de semaine. Ces horaires convenaient parfaitement aux étudiants.»

Aujourd’hui, les étudiants «traditionnels» ne représentent plus que 15 % de la population étudiante. Contrairement à ce qu’il serait permis de croire, ces étudiants n’obtiendraient toutefois pas les meilleurs résultats.

«On peut faire une courbe en terme de rendement scolaire en fonction du nombre d’heures travaillées à l’extérieur des cours, a expliqué M. Bégin. Ainsi, les étudiants qui ne travaillent pas à l’extérieur ont généralement un moins bon rendement scolaire que ceux qui travaillent jusqu’à 20 heures par semaine. Mais dès que les étudiants travaillent plus de 20 heures, on note une chute dramatique au niveau des notes.»

L’art de l’organisation
Les étudiants qui occupent pendant moins de 20 heures chaque semaine un emploi rémunéré obtiennent généralement de meilleurs résultats académiques. Ce constat s’explique en grande partie par le degré d’organisation que développent les
étudiants-travailleurs.

«Les étudiants qui travaillent à temps partiel structurent leur horaire de façon fixe et deviennent plus performants dans les périodes où c’est nécessaire, a souligné Christian Bégin. Ceux qui ne travaillent pas à l’extérieur ont quant à eux tendance à ne participer à aucune autre activité ou à participer à une multitude d’autres activités qui n’offrent pas un horaire fixe. Dans les deux cas, les étudiants ont l’impression d’avoir beaucoup de temps devant eux, ce qui les incite souvent à repousser leurs échéanciers. Ils se retrouvent donc souvent à faire des travaux à la dernière minute.»

Les étudiants travailleurs développeraient donc un meilleur sens de l’organisation, mais à quel prix? «Les étudiants qui travaillent apprennent apparemment à gérer leur temps, mais au prix d’un important stress, a affirmé Jacques Hamel. Ces jeunes ont un agenda comble. Ils sont toujours en stand-by, en attente d’un appel de leur patron pour aller travailler. Plusieurs sont au bout du rouleau.»

Étudiants et employeurs sensibilisés?
Les étudiants qui concilient travail et études semblent bien se tirer d’affaire dans la plupart des cas. Il faut dire que la conciliation n’a désormais plus rien d’exceptionnel. «Les étudiants commencent à travailler de plus en plus jeunes, a rappelé Christian Bégin. Ils sont donc non seulement habitués, mais aussi capables de structurer leur temps. Il y a une vingtaine d’années, 50 % des étudiants qui venaient me consulter, venaient pour des problèmes de gestion de temps. Aujourd’hui, c’est à peine 30 % qui ont des questionnements sur ce sujet.»

Plusieurs étudiants accordent par ailleurs beaucoup d’importance au fait de travailler pendant leurs études.

«On a affaire à des étudiants dont les parents sont issus de la génération des baby-boomers, a rappelé Jacques Hamel. Ces jeunes sont habitués à un certain luxe et à un certain mode de consommation, qu’ils ne sont pas prêts à abandonner une fois aux études.»

Un travail de sensibilisation aurait aussi intérêt à être fait auprès des employeurs qui peuvent facilement oublier l’impact de trop longues heures de travail sur les études de leurs employés.

«Des appels ont été faits aux employeurs pour les informer que les étudiants ne devaient pas dépasser 15 heures de travail par semaine, a indiqué M. Hamel. Mais je pense que les employeurs peuvent facilement faire la sourde oreille puisqu’aucun d’entre eux ne boudera jamais une main d’Å“uvre aussi flexible que celle des étudiants.»

Les étudiants devront donc eux-mêmes faire preuve de discernement et limiter leurs heures de travail, afin de ne pas nuire à leur cheminement scolaire.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.