Des étudiants engagés… dans leurs études
«J’aurais pu gagner 150 000 $ par an dans une entreprise privée, mais j’ai choisi de retourner aux études», déclare en entrevue un informaticien aujourd’hui inscrit dans un programme de médecine. Pourquoi ce changement de cap?
Essentiellement pour apporter quelque chose à la société et pour suivre un parcours professionnel correspondant mieux à sa personnalité.
Ce témoignage provient d’une entrevue menée par une équipe de recherche formée de Jacques Hamel, professeur au Département de sociologie de l’UdeM, et de deux de ses étudiants à la maîtrise, Gabriel Doré et Christian Méthot.
Depuis deux ans, ces chercheurs sondent les étudiants afin de mieux cerner leurs valeurs et leur rapport aux études. «Nous ne cherchons pas à connaître leurs valeurs politiques – s’ils sont de droite ou de gauche, souverainistes ou fédéralistes – ou spirituelles, mais plutôt à savoir ce qui les pousse à s’inscrire dans des programmes d’études universitaires.»
À en croire les médias, les étudiants d’aujourd’hui sont individualistes, enfants gâtés. Selon Jacques Hamel, il s’agit là d’«images galvaudées». Dans les faits, ils sont plutôt adeptes de la simplicité volontaire, sérieux et autonomes.
Comme les trois chercheurs l’écrivent dans «Brève sociographie des valeurs des étudiants», un des articles tirés de cette enquête, «être autonome signifie pour nos étudiants détenir des « compétences de travail » afin d’exercer à leur guise la profession visée par leur programme d’études et « se réaliser » en ayant les coudées franches».
Désaffection militante
Un constat s’est dégagé très nettement du sondage : les étudiants… étudient. S’ils ressentent un fort esprit de corps à l’intérieur de leur discipline, ils passent de moins en moins de temps sur les lieux mêmes de leurs études. S’ils en ont la possibilité, ils communiquent entre eux ou avec les professeurs par internet et évitent d’aller sur place.
Conséquemment, le militantisme étudiant est en baisse. «Pour s’engager dans le mouvement étudiant, il faut des lieux de rencontre et d’échange, commente Jacques Hamel. Si les étudiants quittent le campus aussitôt leurs cours terminés, ils peuvent difficilement militer en faveur de causes communes.»
«Quand on les interroge sur la fierté qu’ils ressentent à l’égard de leur université, ils répondent que cet aspect ne les intéresse pas, mentionne Gabriel Doré. Fréquenter l’Université de Montréal, l’Université de Sherbrooke ou l’Université Laval ne pèse pas beaucoup dans la balance. L’important, c’est d’étudier en médecine, en travail social ou en sociologie. Cette indifférence nous a étonnés.»
Cela dit, les chercheurs ont constaté que les apprentis médecins étaient intéressés par leur approche. Ceux-ci ont été nombreux à répondre au sondage et à accepter de les rencontrer pour parler de leurs valeurs. «Cet intérêt est-il une conséquence de la féminisation de la médecine?» se demande Jacques Hamel.
Les valeurs étudiantes semblent influencées par la présence accrue des femmes dans les universités. Correspondant, grosso modo, à la répartition des sexes dans l’ensemble du réseau, les répondants étaient largement des répondantes : 91 % en éducation spécialisée, 86 % en soins infirmiers, 72 % en sociologie, 89 % en service social et 71 % en médecine.