Parcours de continuité: un chemin encore à tracer
Son diplôme d’études professionnelles (DEP) en poche, un jeune étudiant
complète son diplôme d’études collégiales (DEC) technique en deux ans
plutôt que trois. Ensuite, à l’université, il obtient son baccalauréat,
également en deux ans. Utopie? Que nenni!
Même s’ils en sont encore à leurs premiers balbutiements, les parcours
de continuité gagnent en popularité. Le principe : «L’étudiant peut
faire reconnaître sa formation professionnelle ou technique, ce qui lui
permet, dans le meilleur des cas, de terminer son DEC technique ou son
baccalauréat en deux plutôt qu’en trois ans», résume Sylvie De
Saedeleer, conseillère pédagogique au cégep du Vieux-Montréal, qui a
effectué une recherche postdoctorale sur le sujet.
Cependant, comme une définition claire n’est pas encore établie,
certains établissements offrent de telles passerelles sanspour autant
raccourcir d’une année complète le temps de formation, précise Mme De
Saedeleer. Le programme peut alors être allégé d’un cours ou amputé
d’une session, suivant le cas. «Pour moi, ce n’est pas un vrai DEP-DEC
ou DEC-bac, mais comme il n’y a pas de définition qui fasse consensus,
les établissements font un peu ce qu’ils veulent», continue-t-elle.
Il faut donc bien s’informer avant de s’inscrire. D’ailleurs, ce ne
sont pas tous les établissements d’enseignement qui offrent de telles
opportunités, encore beaucoup plus courantes en région qu’à Montréal.
Pionnière
À l’Université Laval, on dénombre pas moins de 60 ententes
DEC-baccalauréat, pour un total de 188 protocoles d’ententes. «Ces
passerelles facilitent le cheminement et favorisent la poursuite des
études au niveau universitaire, puisque l’étudiant se voit reconnaître
un certain nombre de crédits, fait valoir la directrice adjointe à la
direction générale des programmes de 1er cycle de l’institution, Sylvie
Turcotte. Par le passé, des jeunes se retrouvaient dans un cul-de-sac
après leur formation technique, surtout s’ils voulaient aller à
l’université dans des programmes qui demandent des préalables. Ça évite
la redondance.»
Ainsi, illustre-t-elle, le détenteur d’un DEC en génie civil – qui a
déjà des connaissances de base dans le domaine et qui a même fait des
stages – peut alléger son baccalauréat en génie civil et le compléter
en moins de temps… à condition, bien sûr, d’être diplômé d’un cégep
profitant d’une entente avec l’Université Laval.
«Je pense que c’est un assouplissement nécessaire, affirme pour sa part
la conseillère pédagogique et responsable des passerelles au cégep
régional de Lanaudière, Lucie Tremblay. Il y a beaucoup trop de
barrières entre les niveaux.»
Avantages certains
En plus de permettre d’obtenir un diplôme un peu plus rapidement (et de
diminuer par le fait même les frais associés aux études), les parcours
de continuité comptent bon nombre d’avantages. «Ces ententes permettent
aux jeunes diplômés de poursuivre leurs études dans le même domaine en
étant assurés de la reconnaissance de leur formation, estime Sylvie De
Saedeleer. C’est donc un gain pour le système.»
Michel Goudreau, directeur du Centre de formation professionnelle des
Riverains, à Repentigny, va plus loin. Selon lui, les passerelles sont
indispensables pour la société, qui boude la formation professionnelle
depuis trop longtemps.
«Avec un taux de diplomation dans les 80 %, nos programmes contribuent
à la scolarisation des garçons, à la lutte contre le décrochage et au
Québec de demain, qui doit absolument prendre le virage du savoir et de
la technologie», martèle-t-il.
Sylvie Turcotte abonde dans le même sens. «Sans avoir de chiffres
officiels, nous avons remarqué une hausse du nombre des titulaires de
DEC inscrits au bac qui ne l’auraient jamais fait si ce n’avait été des
ententes, confie-t-elle. D’un point de vue social, c’est très
intéressant.»
Le succès passe par les profs
Si plusieurs s’accordent pour
dire que les parcours de continuité comportent leur lot d’avantages, il
reste que des réfractaires subsistent. «Il existe une vraie concurrence
entre les paliers, explique Sylvie De Saedeleer. J’ai vu des
professeurs en formation professionnelle conseiller à des étudiants de
ne pas continuer au cégep. Ceux qui se sont formés dans le secteur de
l’emploi valorisent beaucoup les entreprises, mais pas forcément les
études collégiales ou universitaires, et ça a un effet réel.»
Dans
une étude réunissant trois expériences d’harmonisation de la formation
professionnelle et technique, la professeure au Département d’éducation
et pédagogie de l’UQAM Louise Ménard attire d’ailleurs l’attention sur
le fait que les enseignants ont le pouvoir de motiver leurs étudiants à
poursuivre leurs études. «En ce sens, elle montre bien que les
enseignants sont la clé du succès des passerelles, parce que ce sont
eux qui donnent l’information», poursuit Mme De Saedeleer.
Même
à l’université, les professeurs ne sont pas toujours enclins à accepter
qu’une partie de la formation qu’ils dispensent soit jugée équivalente
à celle du collégial, concède Sylvie Turcotte de l’Université Laval.
«C’est une culture qui doit s’installer dans une organisation,
dit-elle. Au début [l’institution a commencé à offrir des ententes
DEC-bac au milieu des années 1990], les profs étaient réfractaires aux
ententes, mais c’est de plus en plus accepté.»