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Chimiste à la SAQ: être payé pour déguster : qui dit mieux?

«J’aime bien sa saveur de sueur de cheval.» Non, non, la scène ne se passe pas à l’hippodrome, mais bel et bien dans le laboratoire de la SAQ. Là, dans l’est de l’île de Montréal, une vingtaine de chimistes et de techniciens de la Société des alcools du Québec débouchent, analysent, goûtent et approuvent une centaine de bouteilles par jour.

«Chaque produit est suivi régulièrement», explique Martin Dea, chimiste et responsable de la gestion de la qualité à la SAQ. Quand la cargaison est réceptionnée à l’entrepôt, un logiciel détermine si une bouteille doit être prélevée et analysée. «Ça dépend de divers paramètres comme la date de la dernière vérification ou l’historique des analyses», précise Ghislain Duquette, chimiste du laboratoire.

La bouteille est ensuite ouverte et dégustée dans une salle aux murs blancs, à l’éclairage neutre (pour bien apprécier la robe du vin) et remplie de crachoirs. Car l’une des règles, c’est de ne pas avaler. «Normalement, on doit absolument recracher, mais quand certains grands vins se présentent, c’est difficile de le faire», rigole M. Duquette.

La dégustation ne se fait que le matin quand l’odorat et le goût sont le plus en éveil et qu’ils n’ont pas été émoussés par un repas trop épicé, par exemple.

Chercher les défauts
«La dégustation permet tout de suite de voir les défauts et permet de rajouter certaines analyses, lance M. Dea. En plus, l’oxydation ou le goût de bouchon sont des choses qui se mesurent mieux au palais qu’en laboratoire.»

Parlant de laboratoire, celui de la SAQ est réellement impressionnant. On dit d’ailleurs que, si un vin passe le test de la Société des alcools du Québec, il passera le test partout, ce que regrettent les vignerons québécois, qui aimeraient bien se retrouver plus souvent sur les tablettes dans les succursales.

À la faveur des nombreux tests possibles, on peut mesurer le pH et le taux d’alcool (en cas d’erreur, le producteur devra faire modifier son étiquette) et on surveille la présence de plomb (surtout dans les vieux portos, qui sont systématiquement suivis), de bactéries ou de champignons, tels que l’ochratoxine A. Bref, on s’assure que le vin est bon à boire.

Une analyse chromatographique peut aussi être effectuée le cas échéant. «Ça, c’est presque comme réaliser l’empreinte digitale du vin ou du spiritueux», précise M. Du­quette. On peut par exemple voir si le moût d’un vin était frais ou si un Grand Marnier a été confectionné avec du brandy plutôt qu’avec du cognac. La technique est généralement utilisée sur les bouteilles analysées au cours de saisies policières.

L’autre partie du travail du chimiste, c’est de valider le choix des nouveaux vins, bières et spiritueux qui seront mis en vente. Là, la pression est forte, autant à l’interne que du côté des représentants et même des clients, qui veulent faire pencher la balance en leur faveur.

Avis aux intéressés : il faut au minimum un bac en sciences, option chimie, pour obtenir cet emploi qui doit en faire rêver plus d’un. Le salaire de départ varie de 40 600 $ à 77 000 $, selon l’expérience.

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