Formation et emplois

Pour ou contre les fonctionnaires?

Souvent décriée comme étant responsable de tous les maux, la fonction publique est constamment prise à partie par les grandes gueules médiatiques. Mais est-elle aussi incompétente qu’ils le laissent entendre? André Valiquette, de l’Institut économique de Montréal, et Lucie Martineau, du Syndicat de la fonction publique du Québec, pèsent le pour et le contre d’une carrière dans ce domaine. 

André Valiquette
Directeur des communications, Institut économique de Montréal

  • A-t-on une bonne fonction publique?

La question n’est pas là. Il faut plutôt savoir si elle est efficace et si le prix en vaut la peine. La façon de le savoir, c’est de la comparer au privé avec des appels d’offres.

  • La comparaison avec le privé ne risque-t-elle pas de favoriser ce dernier?

Ce système existe en Angleterre, et 70 % des contrats ont été accordés à la fonction publique. Mais ça demande une nouvelle définition de la fonction publique, qui doit être plus performante, et l’abandon de la sécurité d’emploi. Plusieurs pays européens l’ont d’ailleurs fait.

  • Comment inciter les jeunes à aller vers la fonction publique?

Il faut changer sa structure et offrir des possibilités d’avancement et des salaires selon la fonction et le mérite. Ce système est en vigueur dans la fonction publique suédoise. Près de 30 % du salaire des fonctionnaires suédois dépend de leur rendement, et selon une étude de l’OCDE, ils sont satisfaits du système.

Une réforme en profondeur attirerait des gens qui ont envie d’y faire carrière et éloignerait les travailleurs moins compétents, lesquels sont aujourd’hui protégés par la sécurité d’emploi. Les jeunes qui voient que le mérite n’est ni récompensé, ni valorisé préfèrent aller du coté du privé.


Lucie Martineau
Présidente générale du  syndicat de la fonction publique du Québec

  • A-t-on une bonne fonction publique?

Nous avons une excellente fonction publique. Même le premier ministre et la présidente du Conseil du trésor, Moni­que Gagnon-Tremblay, l’ont reconnu. Mais on manque d’effectifs, surtout de jeunes.

  • La comparaison avec le privé ne risque-t-elle pas de favoriser?

C’est évident. Nous soumissionnons déjà contre les entreprises privées. Or, dans la majorité des cas, nos services sont au même prix, sinon moins chers. Pourtant, le gouvernement continue de favoriser le privé. Il faut bien comprendre que notre mission première est de rendre des services aux citoyens, ce qui n’est pas le mandat des entreprises privées.

  • Comment inciter les jeunes à aller vers la fonction publique?

Comment attirer les jeunes quand on n’engage que des occasionnels? Que 37 % des travailleurs n’ont pas de postes permanents? Que 40 % de nos membres font moins de 30 000 $ par année? Présentement, au Québec, on ne remplace qu’un fonctionnaire sur deux. Les ouvriers de la fonction publique ont subi des coupes de 22 %, et le personnel de bureau, de 18 %, alors que le gouvernement a augmenté le nombre de dirigeants de 4 % et le nombre de cadres de 9?%. On a besoin de changement.

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