Formation et emplois

Pas de repos du guerrier pour Grace

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal, des portraits de personnes immigrantes qui ont réussi à s’intégrer dans leur milieu de travail.

Grace Aghba­shian a connu la guerre. Elle se rappelle la peur, la fuite dans les montagnes pour s’éloigner des dangers qui s’approchaient de Beyrouth. Puis, à 12 ans, elle quitte le Liban avec sa mère, son frère et sa sÅ“ur pour s’installer à Montréal. Émue, elle se rappelle le travail et le sacrifice de sa mère pour que ses enfants ne manquent de rien et aient une bonne éducation. «Je pense que c’est ma reconnaissance pour elle qui est à la source de mon ambition. Une façon de lui dire qu’elle n’a pas fait ça pour rien.»

Elle fera tout son secondaire dans une école privée arménienne avec des gens de la même origine. Même si elle éprouve un certain soulagement en se retrouvant dans un lieu sécuritaire, l’exil n’est pas facile. Les amis sont loin, les repères ont disparu. «À ce moment-là, je disais toujours à ma mère : « Après la guerre, on retourne, hein? »» Bien sûr, le temps a fait son Å“uvre.

Adaptation

Grace vit un autre choc en entrant au cégep francophone de Bois-de-Boulogne, où, de nouveau, elle doit s’adapter à un environnement complètement différent de ce qu’elle connaît, mais elle tient bon et fait tranquillement son chemin. Comme elle a obtenu ses diplômes ici, il n’a pas été difficile pour elle de s’intégrer au marché du travail. Elle a toujours travaillé dans le service à la clientèle, d’abord en aidant sa mère, propriétaire d’une bijouterie, puis dans des centres d’appel et des entreprises du milieu bancaire.

«La diversité, dans le milieu bancaire, c’est une chose qui est mise en valeur, ce n’est pas un obstacle. D’ailleurs, ce serait impossible pour moi de travailler dans un endroit où la diversité n’est pas acceptée. Je ne serais pas bien là-dedans.» Parallèlement, elle a étudié en ressources humaines, puis a entamé un MBA à l’UQAM, qu’elle poursuit toujours, et a trouvé le temps de se marier et d’être mère d’un charmant gamin de cinq ans. «Je ne peux pas rester en place cinq minutes! J’ai toujours besoin de défis.»

Depuis juin 2008, elle est directrice pour les petites entreprises et professionnels chez Scotia, et ses études aux HEC l’aident d’ailleurs à bien cerner les états financiers et les plans d’affaires et à comprendre de quoi les entreprises ont besoin. «Pour les gens qui viennent me voir, leur entreprise, c’est un peu comme leur bébé. Je fais tout ce que je peux pour les aider et, quand ça marche, il n’y a rien de plus beau que ça pour moi dans la vie!» nous dit-elle, visiblement enchantée par son travail.

A-t-elle envisagé de créer sa propre entreprise? «Il y a beau­coup d’entrepreneurs dans ma famille, à commencer par ma mère. J’avais be­soin de me créer ma propre voie.» Même si la nostalgie est parfois présente, elle ne retournerait pas vivre au Liban. «On est très chanceux de vivre ici, dans une ville cosmopolite où il y a de tout. Si j’ai envie d’aller dans un restaurant manger un plat libanais, je le peux! La vie est beaucoup plus tranquille ici.» La seule chose qui lui déplaît vraiment, c’est la neige, à laquelle elle ne s’habitue pas!

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