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Alain de Botton: «Le travail, une quête de sens»

Elisabeth Braw - Metro World News

Suisse d’origine élevé en Grande-Bretagne, Alain de Botton est titulaire d’un diplôme de Cambridge et (presque) d’un doctorat en philosophie de Harvard. L’homme a construit sa carrière en dissertant sur la place de la philosophie dans la vie de tous les jours. Dans son ouvrage le plus connu, Splendeurs et mi­sères du travail, de Botton analyse divers milieux professionnels, de la gestion comptable à l’aérospatiale. Il réagit ici au Metropolitan Report.

Selon le Metropolitan Report sur le travail, près de 60 % des répondants dans la vingtaine et la trentaine se disent sans cesse à l’affût de nouvelles possibilités d’emploi. Comment expliquez-vous ce phénomène?
On change souvent de travail parce qu’on est en quête de sens. Savoir que l’on fait une différence, que l’on rend d’une certaine façon la planète plus forte, plus propre, plus saine, est une grande source de satisfaction. Et je ne parle pas nécessaire­ment de grands chan­gements, mais de petites choses dans la vie de chacun. L’industrialisation a néanmoins fait en sorte que l’entraide ne va plus tout à fait de soi.

Il existe, grosso modo, deux conceptions du travail. La première est celle de la classe laborieuse – travailler pour nourrir sa famille -, et la seconde est celle de la classe moyenne – travailler pour se réaliser. Aujourd’hui, dans le sillon de la récession, la première a retrouvé la pertinence qu’elle avait perdue au cours des dernières décennies.    

Neuf citadins sur 10 décla­rent que leur emploi ne les satisfait pas entièrement. Pourquoi, selon vous?
En écrivant sur le monde professionnel, j’ai appris une chose consolante : l’idée moderne que le travail doit rendre heureux sur une base quotidienne se vérifie rarement. Cette idée est aussi extrême­ment ambitieuse d’un point de vue historique. L’aspect le plus extraordinaire du monde du travail est en fin de compte moins économique que psychologique. Je veux ici parler de la croyance, très répandue, que le travail doit être au centre de l’existence et répondre à nos attentes les plus élevées en matière d’accomplisse­ment de soi. Quand ça va mal sur le plan professionnel, il peut être bon de se rappeler que notre identité ne se réduit pas à ce qui est inscrit sur notre carte d’affaires. En d’autres termes : chacun est un individu avant d’être un travailleur.

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