Réinsertion: à la recherche d'une bulle d'air
En marge des organismes traditionnels de réinsertion, la Maison Oxygène, le Café-Graffiti et les productions Jeun’Est ont développé des initiatives originales pour aider des personnes en difficulté à s’en sortir.
Que ce soit par le logement, la culture hip-hop ou l’apprentissage en technique de scène, chacun travaille à sa façon à leur offrir une porte de sortie.
Selon Richard Gravel, directeur général du Collectif des entreprises d’insertion du Québec, l’insertion a pour but d’aider les gens à reprendre le contrôle de leur vie : «Il faut prendre en compte trois éléments qui forment un tout : la formation technique, les questions psychosociales et l’approche citoyenne, explique-t-il. Car les questions d’emploi ne peuvent se régler que si l’on traite aussi les problèmes familiaux et sociaux.»
Une vision que partagent les responsables des trois organismes que Métro a rencontrés.
- Culture hip-hop : aller au bout de son rêve
«On fait de la réinsertion et de l’intervention sans que les jeunes s’en aperçoivent», lance non sans humour Raymond Viger, le directeur du Café-Graffiti, un milieu de vie pour les jeunes marginalisés.
Qu’ils soient en rupture avec leur famille, leur milieu scolaire ou encore en difficulté d’intégration sur le marché du travail, au Café-Graffiti, les jeunes sont accueillis et accompagnés avec pour fil rouge la culture hip-hop : graffiti, breakdance, rap, DJ, technique de scène, production…
«On accepte le jeune avec son rêve, raconte Raymond Viger. S’il veut devenir danseur ou vivre de son art, on l’aide et on lui donne des outils, mais il devra réaliser ses objectifs lui-même.»
Ainsi, au Café-Graffiti, les jeunes de 16 à 30 ans trouvent des salles de répétition avec du matériel de son et de peinture, et gagnent progressivement le droit d’en détenir les clés et d’y aller quand ils veulent, même au milieu de la nuit. Ils trouvent aussi une oreille attentive en cas de crise ou de l’aide pour entreprendre leurs démarches.
«Plusieurs arrivent avec la volonté de faire carrière dans ce domaine, mais ils se rendent souvent compte qu’on ne fait pas toujours ce que l’on veut dans ce milieu. Alors, ils se rabattent sur un métier plus traditionnel», dit Raymond Viger.
Avec 144 jeunes, dont beaucoup ont été exclus d’autres organismes, car jugés trop difficiles, la tâche est loin d’être facile. «On prend souvent des risques en donnant les clés ou en acceptant des contrats pour des murales, souligne le directeur. D’ailleurs, beaucoup d’intervenants quittent brûlés émotionnellement. C’est un milieu de vie très difficile.»
Café Graffiti
514 259-6900
- Un logement pour reprendre son souffle
Cinq chambres, un salon pour enfants et un autre pour adultes, une cuisine avec cinq réfrigérateurs alignés contre un mur et une table familiale : voici ce qu’offre la Maison Oxygène, qui accueille des pères en difficulté avec leurs enfants.
Des séjours de trois à quatre mois leur permettent de reprendre leur vie en main et de souffler le temps de s’en sortir. «Notre vocation est de travailler avec des pères qui traversent des difficultés importantes, passagères ou non, et qui ont besoin d’un lieu sûr et stable pour reprendre contact avec leur enfant», explique Manuel Prats, coordonnateur de l’établissement situé dans Hochelaga.
Ici, tout est fait pour que les familles se sentent chez elles; les intervenants se font discrets et on laisse le père s’occuper de ses enfants. «On intervient dans l’éducation des enfants seulement lorsqu’il y a un vrai problème», dit M. Prats.
Pour le reste, les intervenants sont présents au quotidien pour suivre le cheminement du père et l’accompagner dans ses démarches : «À son arrivée, on détermine un plan de séjour avec des objectifs. On l’aide à refaire ses papiers, à obtenir de l’aide gouvernementale et une fois installé, à trouver un logement et finalement un travail.»
Maison Oxygène
514 655-6625
- Une formation technique pour se créer un avenir
«Cette génération n’aime pas la routine, mais il faut être capable de se discipliner» : en une phrase, Suzanne Desbiens, cofondatrice et directrice administrative de Productions Jeun’Est, vient de résumer l’esprit de son entreprise.
Une formation en technique de scène est offerte à des jeunes en difficulté scolaire ou d’intégration sur le marché du travail. Un processus de sélection très sérieux est là pour s’assurer que les jeunes élus ont vraiment envie de se sortir de leurs problèmes.
«Lorsqu’on a créé Productions Jeun’Est, on ne voulait pas lancer une entreprise ordinaire, on voulait se donner une mission, explique-t-elle. Aujourd’hui, les jeunes veulent un métier passionnant et, ici, on leur offre la possibilité de l’apprendre.»
Subventionnée par Emploi-Québec et soutenue par de nombreux partenaires comme le Cirque du Soleil, Omnison ou La Tohu, l’entreprise offre ainsi une série de formations et de stages aux jeunes inscrits. «Certains s’imaginent que ça sera le fun ou le party, mais il faut être fiable et ponctuel, savoir gérer son budget et supporter de travailler beaucoup une semaine et peu la semaine suivante», souligne Suzanne Desbiens. Car ce métier implique des horaires singuliers et des périodes de travail intense, pendant les festivals d’été par exemple.
Désormais, l’entreprise appuie aussi la recherche d’emploi des jeunes titulaires d’un diplôme et d’une expérience de travail en partenariat avec le Carrefour Jeunesse Emploi de Mercier.
Production Jeun’Est
514 493-6830