Des choix de carrière qui peuvent déplaire
Avoir à choisir dans quel domaine étudier n’est pas chose facile. Surtout à 16 ans. Deux jeunes trentenaires racontent leur expérience.
Nathalie Rosa, 32 ans,
cuisinière dans un resto
Avez-vous déjà fait un choix d’études qui a déplu à vos parents?
Oui. Ils n’ont pas aimé que je m’inscrive en musique au cégep. Au secondaire, je jouais du trombone et la musique était ma passion. On nous disait : «Faites ce que vous aimez, suivez votre passion.» Je suis donc allée en chant, car c’était quelque chose que je faisais depuis que j’étais jeune.
Comment vos parents ont-ils réagi lorsque vous leur avez annoncé votre décision?
Sur le coup, ils n’ont pas pris ça au sérieux. Ils pensaient que j’allais changer d’idée. Quand ils ont vu que je persistais, ça a déplu à ma mère. Elle aurait préféré un champ d’études plus «sérieux». Elle voyait la musique comme une passion et non comme un métier. Mais ça a moins dérangé mon père. Peu importe, j’y suis allée quand même.
Regrettez-vous ce choix?
Non. Je le referais n’importe quand. Le seul regret que je pourrais avoir, c’est de ne pas avoir continué mes études en enseignement à l’université.
Pensiez-vous travailler en musique après vos études?
J’étais peut-être un peu naïve à l’époque : je pensais que si on étudiait dans un domaine, on allait nécessairement obtenir un emploi qui y serait relié. J’ai découvert beaucoup de choses sur moi pendant mes études; j’ai appris à connaître mes points forts et mes points faibles. La scène était mon point faible.
Est-ce que vos études en musique vous ont servi?
Oui. Elles m’ont apporté plus d’ouverture sur le monde. J’ai rencontré des gens différents. J’ai aussi acquis beaucoup de connaissances artistiques. J’ai d’ailleurs recommencé à chanter il y a quelque temps.
Conseilleriez-vous ce domaine d’études?
Oui, absolument! Il faut s’accrocher et croire en ce qu’on est. Une personne qui veut vraiment percer en musique peut le faire. J’ai des amis qui ont très bien réussi.
Chloé, 31 ans,
superviseure en ressources humaines
Avez-vous déjà choisi un champ d’études qui a déplu à vos parents?
J’ai étudié la psychologie en France.
Pourquoi?
C’était ma passion. J’avais 18 ans, j’étais une adulte et c’était ce que je voulais faire. J’avais fait des recherches et j’avais lu sur le sujet. La psychologie, c’était une vocation pour moi.
Comment vos parents ont-ils réagi lorsque vous leur avez annoncé votre décision?
Ma mère était enseignante et connaissait les milieux qui offraient des emplois intéressants. Selon elle, la psycho était considérée comme une sous-discipline (une «fac poubelle»), et n’importe qui pouvait faire ces études-là. Il faut savoir qu’en France, beaucoup de gens vont en psychologie ou en sociologie. Le marché du travail dans ces domaines est donc hypersaturé. Ma mère a essayé de m’éclairer sur des carrières possibles, mais j’étais sûre de moi à l’époque, et c’était ce que je voulais faire.
En quoi le manque de soutien de votre mère vous a-t-il affectée?
Ça ne m’a pas aidée dans mes choix de carrière par la suite. Je me suis souvent sentie perdue, comme si mes décisions n’avaient pas de crédibilité. C’est lié au fait qu’elle n’avait pas confiance en mes choix. Si elle m’avait encouragée, j’aurais probablement terminé mes études de psychologie. J’ai quitté à la maîtrise.
Regrettez-vous votre choix?
Non. J’ai un parcours atypique. J’ai voyagé, j’ai fait beaucoup de «jobines». Je suis toujours passionnée par le domaine. Quand j’aurai des enfants, je terminerai peut-être mes études au Québec. Mon seul regret, c’est de ne pas avoir fait des choix plus stratégiques. J’aurais pu obtenir des diplômes en parallèle ou essayer de travailler dans le privé pour m’aider à trouver un job au final.
Est-ce que vos études en psychologie vous servent aujourd’hui?
Oui, dans la vie de tous les jours. Je travaille en ressources humaines, dans le service à la clientèle, et la psychologie est essentielle. Le service à la clientèle, c’est de la psychologie. J’ai atteint mes objectifs et je fais ce que je voulais, au bout du compte.
Conseilleriez-vous ce domaine d’études?
En France, non! Au Québec, c’est bien vu.