Plus de diplômés universitaires nécessaires, vraiment?
D’après une étude récente, le Québec ne produirait pas assez de diplômés universitaires. C’est oublier l’importance de la formation technique pour notre économie.
Selon une étude du Centre sur la productivité et la prospérité (CPP), les jeunes Québécois sont moins nombreux à fréquenter l’université que la moyenne canadienne.
Ce centre de recherche associé à HEC Montréal explique que cette lacune ne peut que nuire à la prospérité de la province. Une main-d’oeuvre fortement éduquée est en effet associée à une forte croissance économique et à la prospérité. Il faut donc s’inquiéter de ce retard et le combler, au risque de ne pas demeurer compétitif dans la nouvelle économie du 21e siècle.
Cette étude n’est pas la première à faire valoir que les jeunes Québécois sont moins nombreux que leurs homologues du Canada à fréquenter et à obtenir un diplôme de l’Université. Le phénomène est déjà bien connu, mais les chiffres présentés permettent de mesurer l’ampleur actuelle de la situation.
On apprend ainsi que, au début des années 1960, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire était de 2, 9 %, semblable à la même proportion en Ontario, 3,4 %, et en Colombie-Britannique, 3,2 %.
Au cours des 50 dernières années cependant, un écart s’est creusé. La proportion des 15 ans et plus qui détiennent un diplôme universitaire a augmenté, bien sûr, mais seulement à 16, 5 % , alors qu’elle est de 20,5 % en Ontario et de 19,6 % en Colombie-Britannique. Le nombre de diplômés universitaires québécois n’a donc pas augmenté au même rythme que dans les deux autres provinces, créant l’écart dont on s’inquiète tant.
Cette comparaison est assez boîteuse malheureusement. En effet, il ne faut pas oublier que le système d’enseignement supérieur du Québec est très différent que dans le reste de l’Amérique du Nord. Beaucoup de nos jeunes qui ne fréquenteront jamais l’université reçoivent une formation technique de niveau supérieur au cégep.
Les formations techniques offertes par les cégeps sont plus abondantes et diversifiées que ce qui est généralement offert par les «community colleges» du Canada. En conséquence, ils exercent un grand pouvoir d’attraction sur nos jeunes. Au Canada, les jeunes prèfèrent l’université, car la formation technique est souvent perçue comme une voie de garage.
L’écart qui inquiète tant les auteurs de notre étude peut donc être expliqué simplement par l’attrait des cégeps. Tant mieux d’ailleurs, car sur le plan économique, ils produisent une main-d’œuvre dont les entreprises ont bien besoin. Ces dernières se plaignent d’aileurs sans se gêner que bien des programmes techniques ne produisent pas assez de diplômés.
Les conclusions de l’étude vont en fait dans le sens inverse des préoccupations présentes aux États-Unis et, à un degré moindre, au Canada anglais. Devant les difficultés croissantes des jeunes diplomés universitaires à se trouver un emploi qui justifie leur long parcours et ses coûts, on se demande si on ne devrait pas accentuer des formations plus courtes et davantage axées sur les besoins du marché. Comme nos formations techniques, quoi!
Bien que je sois un ardent défenseur de la formation universitaire, je sais qu’elle ne convient pas à tous et que la formation technique est la meilleure option pour de nombreux jeunes. Il ne faut pas s’imaginer qu’un défitcit économique quelconque résulterait du fait que si trop de jeunes prèfèrent les techniques aux études universitaires. En ce moment, il semble bien qu’il y ait de nombreuses raisons de croire l’inverse!