La chute de la tour d’ivoire des universités
Les universités, enfermées dans leur proverbiale tour d’ivoire, ne sont pas habituées à ce qu’on les remette en question.
Or, leur gestion financière est constamment remise en cause ces temps-ci, une situation qui doit être très inconfortable pour elles.
D’abord, on remet en cause leur gestion immobilière et leur habitude de virer des fonds à partir de leur fonds de fonctionnement pour financer des bâtiments. Cette manœuvre leur a permis jusqu’à maintenant de déclarer des déficits dans les dépenses courantes. Selon la Fédération québécoise des professeurs d’université (FQPPU), qui s’inquiète énormément de cette pratique, de 26 % à 40 % des coûts des projets immobiliers ont été financés de cette façon au cours des 10 dernières années, laissant des déficits importants dans les fonds de fonctionnement, qui servent aux dépenses liées à l’enseignement.
Or, les étudiants ne sont pas prêts à payer plus pour résorber ce déficit, alors que les universités ont des surplus ailleurs. Martine Desjardins, la présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), voit là une gestion si mauvaise des fonds qu’elle a suggéré que les universités soient soumises à une évaluation périodique par le vérificateur général, histoire de savoir si les universités ne pourraient pas mieux gérer leur argent au lieu de passer une nouvelle facture aux étudiants. L’idée même d’une vérification externe a dû paraître odieuse aux universités, qui sont habituées à jouir d’une autonomie quasi complète.
Finalement, c’est l’augmentation importante de la masse salariale de la direction des universités qui a été remise en question. Selon la FQPPU, au cours des 15 dernières années, elle serait passée de 129 M$ en 1997 à 328 M$ en 2009, soit une augmentation de 154 %. Il semble que les recteurs aient commencé à se prendre pour des chefs d’entreprise et aient négocié des salaires dignes de certains magnats du secteur privé.
Ces remises en question sont probablement difficiles à vivre, mais je pense qu’il va falloir s’y habituer. Ces questionnements sur la gestion financière des universités pourraient marquer un changement d’attitude de la part du gouvernement et du public. Nous avons fait confiance aux universitaires pour gérer la formation supérieure et le développement scientifique du Québec jusqu’à maintenant, sans trop de vérification. L’ex-recteur Corbo disait d’ailleurs récemment qu’il ne recevait aucune réponse aux rapports annuels de gestion qu’il soumettait en vertu de la Loi sur les établissements d’enseignement universitaire.
Cette époque est probablement finie et c’est très bien ainsi. Nous avons laissé les universités se comporter comme des entreprises privées en compétition les unes avec les autres au lieu de superviser leurs activités. Il est temps de leur rappeler qu’elles sont des établissements publics financés par le contribuable, à qui elles doivent rendre des comptes. Sur le plan financier, il ne peut plus y avoir de tour d’ivoire.