Construction de carrière 101
Une fois son diplôme en poche, le travailleur emprunte souvent un chemin tortueux et imprévu sur le marché de l’emploi en fonction des offres des employeurs et des caprices du marché. Est-il essentiel d’avoir un plan de carrière?
Edwidge Desjardins, professeure et directrice de la maîtrise en carriérologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), considère qu’on devrait parler davantage de développement professionnel plutôt que de planification de carrière. «Maintenant, on ne planifie plus et on ne choisit plus une carrière : on la construit. L’environnement social et économique évolue constamment», explique-t-elle.
«La carrière est aussi souvent abordée rétrospectivement. On regarde vers le passé, on fait des liens entre des événements qui ont marqué une vie professionnelle et on parle de notre carrière. On devrait plutôt développer un “plan de vie professionnelle”… ou carrément un “plan de vie”», ajoute l’experte en carriérologie.
Peu importe le nom qu’on lui donne, le plan est d’abord une réflexion : quels sont mes intérêts ? Mes compétences particulières ? Mes talents ? Mes objectifs de carrière ? Certains aspirent à une carrière payante qui subviendra d’abord à leurs besoins, d’autres recherchent plutôt un emploi dans lequel ils pourront s’affirmer, s’exprimer et développer leurs plus grandes passions. Ces réponses devraient se trouver dans le plan de carrière ou de vie professionnelle d’un travailleur. Il s’agit d’une réflexion essentielle pour faire le bon choix.
«Il y a des gens qui ont de grands talents, comme Yannick Nézet-Séguin, qui a toujours su qu’il souhaitait être chef d’orchestre et diriger avec son cœur. Pour eux, le choix de carrière est plus facile, comme une évidence ou un appel. Pour la plupart d’entre nous, le choix est difficile… parce qu’on est multitalentueux ! C’est alors plus complexe de cerner LA carrière qui nous rendrait heureux», explique Edwidge Desjardins.
L’emploi «idéal» se trouve au croisement de notre plan et des systèmes économiques et sociaux du marché : on est la bonne personne à la bonne place. «Le marché actuel fait en sorte qu’on peut être plus sélectif dans notre recherche d’emploi. C’est plus facile de faire des choix qui correspondent encore mieux à notre désir de développement, tout en étant liés aux besoins du marché. Mais il faut se mettre dans la tête qu’on doit repenser souvent à nos objectifs professionnels ! Plein de facteurs extérieurs peuvent changer, et on peut soi-même aussi changer», continue la professeure.
Denis Pelletier, professeur à l’Université Laval, parle d’une grande qualité que les travailleurs doivent avoir de nos jours : la disponibilité au hasard. Il s’agit d’être dans un état d’esprit où on est prêt à saisir les opportunités ! Un plan de carrière ne devrait jamais constituer des œillères.
«On parle maintenant de carrières protéiformes. Cela vient de Protée, le dieu de la mer qui pouvait se métamorphoser selon ses besoins. Comme travailleur, on s’adapte selon les carrières, mais on demeure soi-même quand même. Comme de la pâte à modeler. On garde nos intérêts, nos valeurs et nos compétences, et on s’en sert pour faire plein de choses», conclut Edwidge Desjardins.