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Les jeunes veulent-ils devenir influenceurs à tout prix?

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Une influenceuse. Photo: Istock

«Astheure, les jeunes veulent juste devenir influenceurs ou influenceuses» sont des paroles célèbres qui déclenchent moult eye rolls dans les réunions familiales. Finis les métiers traditionnels: tout ce qui intéresse la jeunesse, c’est faire des unboxings pis de l’argent facile en se faisant commanditer son quotidien sur Instagram.

Mais au-delà des blagues poches, est-ce un peu vrai? La génération Z est-elle profondément fainéante ou aurait-elle plutôt appris des erreurs des générations précédentes?

Bienvenue en 2021!

Les nouvelles technologies ont modelé une foule de nouveaux emplois, notamment en communications et en informatique, pour lesquels il n’existe plus de formation unique. Le cursus traditionnel a donc du mal à suivre la rapidité d’adaptation des 18 à 40 ans, cette force de travail autodidacte qui a soif de feedback. Un diplôme n’est plus suffisant; il faut désormais penser ses réseaux sociaux comme une carte de visite professionnelle.

«Tu postules en ligne, sur ton mobile, parce que tu as vu une annonce sur Facebook, tu lis des reviews de la compagnie sur Glassdoor, tu demandes une intro à un ancien camarade de classe sur LinkedIn, tu te fais approcher par courriel par une recruteuse, qui, elle, t’a trouvé sur Twitter parce que tu y as partagé ton portfolio qui se trouve sur ArtStation. C’est un peu fou», admet Julien-Pier Boisvert, directeur de l’acquisition de talents chez AppDirect.

C’est notamment ce qui explique que le bassin d’influenceurs semble plus dense que jamais; pour certaines personnes, cette carte de visite se transformera de manière tout à fait organique en plateforme d’influence entretenue en marge de leur gagne-pain principal, comme ce fût d’abord le cas pour Léonie Pelletier, fondatrice et propriétaire de Oui L’agence. Celle-ci est naturellement devenue influenceuse à force d’attirer un auditoire de plus en plus grand par la qualité de son contenu.

Faire la promotion virtuelle de sa personnalité et de son parcours à des fins professionnelles est par conséquent un travail intense et non rémunéré que les jeunes travailleurs doivent effectuer tous les jours… souvent aux frais de leur santé physique et mentale.

Le métier des paresseux

Beaucoup de jeunes à la recherche d’un horaire plus flexible vont tenter de se brander sur leurs réseaux sociaux. Mais la réalité derrière le filtre est un peu moins scintillante.

«De l’extérieur, on a juste l’air de recevoir du stock, d’aller dans des événements, de boire du champagne et de se la couler douce. Mais en réalité, quand on est entrepreneur.e, on travaille énormément d’heures, souvent le soir et le week-end», affirme Léonie Pelletier.

Selon celle qui se consacre maintenant au marketing d’influence sous sa propre bannière, il ne faut pas sous-estimer le labeur nécessaire pour percer dans le milieu ultracompétitif des influenceurs. C’est un travail précieux qui a tout changé dans le monde des relations de presse, mais rares sont les gens qui y font réellement fortune.

Libres, autant que possible

Le marché du travail n’a jamais cessé de changer, mais la pandémie a assurément précipité ce qu’on connaît désormais comme «The Great Resignation». Observé depuis le printemps 2021 aux États-Unis, ce mouvement a amené près de 8 millions d’Américains à réclamer de meilleures conditions de travail et à carrément quitter leur emploi, stressant et sous-payé de toute manière.

Si cette tendance a été observée particulièrement chez les 30 à 45 ans, les 20 à 25 ans seraient cependant nombreux à envisager une démission dans la prochaine année, en dépit de leur arrivée récente sur le marché du travail. Le rythme de production effréné d’un monde connecté n’est plus compatible avec le bien-être humain, une dure leçon que les Zoomers (de la génération Z) auraient déjà comprise.

C’est que cette génération assume beaucoup mieux sa sensibilité, selon Julien-Pier Boisvert. Leur vision du travail en est une axée sur le développement durable, guidée par des principes d’équité, d’inclusion et de diversité.

L’univers de la restauration, de l’hôtellerie et du service, notamment, a été ébranlé par l’exode de ses plus jeunes travailleurs. «C’est un groupe qui n’a pas peur de s’en aller voir ailleurs si les conditions ne sont pas réunies pour un bon épanouissement.»

Et les métiers traditionnels, là-dedans?

En dépit des rumeurs, non, les jeunes ne veulent pas seulement faire carrière dans le domaine de la #pub en ligne. Plusieurs professions conventionnelles attirent toujours une main-d’œuvre jeune et motivée, affirme Sarah Mongeau-Provençal, conseillère d’orientation et de développement professionnel.

Le droit, la comptabilité, les finances et la gestion sont des domaines qui attirent encore les jeunes sur les bancs d’école.

L’éducation, la médecine, la psychologie et le travail social sont également très populaires puisqu’ils représentent des secteurs d’action positive pour cette génération engagée. Même la construction, qui avait perdu des plumes dans les 20 dernières années, connaît soudainement un regain d’intérêt!

Autrement dit, le monde tel qu’on le connaît n’est pas à la veille de s’écrouler.

Génération respect

L’admiration de nos spécialistes envers la génération Z est émouvante et manifeste. Quelle que soit la nature de son travail, ce groupe sait mieux reconnaître ses limites, affichant d’un côté sa résilience et de l’autre, sa grande vulnérabilité, afin d’avancer avec conviction dans un marché qui devra respecter son temps, son énergie et son besoin d’exploration.

Quand on y pense, y’a de quoi pogner le frisson: face à une société qui l’a déçue et qui a brûlé ses aînés, voici une cohorte qui connaît sa valeur et qui possède le courage de construire concrètement ce monde qu’elle rêve plus juste.

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