Inspiration

Les jeunes retardent-ils l’achat d’une maison à cause de la pandémie?

Photo: 123rf

Après une année effervescente, les jeunes ménages réduiront leur activité sur le marché résidentiel. Cette diminution des intentions d’achat s’observe principalement pour le groupe des 18-34 ans, où elles sont passées de 52% à 47% en un an. 

Une enquête web réalisée par la firme Léger à l’automne 2021 auprès d’un échantillon de plus de 5500 répondants, portait sur les intentions d’achat et de vente de propriétés au cours des cinq prochaines années. Une étude semblable avait été réalisée en 2020. L’édition 2021 de l’enquête visait à vérifier la permanence des impacts de la pandémie sur les choix résidentiels des consommateurs.

Cette année, 32% des ménages interrogés ont déclaré que la pandémie avait eu un impact négatif sur leurs finances. De ce nombre, 8% ont qualifié l’impact négatif de sévère. Ce sont les jeunes ménages qui ont été affectés le plus.

La hausse des prix décourage les jeunes ménages

L’enquête révèle également que 63% des jeunes ménages ont confessé que la hausse des prix avait eu un impact négatif sur leurs intentions d’achat. L’augmentation des prix est maintenant ancrée dans l’esprit du public et elle réduit les intentions d’achat, qui passent de 25% en 2020 à 23% cette année. Parallèlement, plus de jeunes ménages locataires ont déclaré qu’ils ne déménageraient pas d’ici 2026 et ils sont plus nombreux à évoquer l’incapacité d’acheter dans leur secteur comme raison pour rester locataire.

Avec la hausse des prix des résidences qui va bien au-delà du pouvoir d’achat des ménages dans plusieurs marchés, notamment celui de la RMR de Montréal, il est normal que les plus jeunes ménages restent locataires plus longtemps, augmentant la pression sur le marché locatif et favorisant les départs vers des agglomérations périphériques offrant des alternatives pour se loger.

Charles Brant, directeur du Service de l’analyse du marché de l’APCIQ

Paradoxalement, les ménages ont été actifs en 2021 malgré l’augmentation des prix. Comme en 2020, 18% d’entre eux ont acquis une propriété dans les cinq dernières années. Mais c’est la maison unifamiliale qui fait rêver les futurs acheteurs, alors que 81% d’entre eux espèrent acheter ce type d’habitation. Le sondage révèle que 17% des 18-34 ans envisagent l’achat d’une résidence secondaire d’ici les cinq prochaines années. Seulement 12% des jeunes ménages exprimaient le même souhait en 2020.

«Quant aux résidences secondaires, elles sont simplement réservées aux acheteurs expérimentés les mieux nantis et aux investisseurs, dans un contexte hyper compétitif, en proie à la surenchère. Néanmoins, des opportunités pourraient poindre plus tôt que tard dans ce segment», rappel M Brant.

La location, pratique, mais moins abordable

Les ménages locataires le sont principalement par choix, car lorsqu’on leur demande pourquoi ils louent un logement, les principales raisons évoquées sont le côté pratique et les responsabilités moindres associées à la location. Les jeunes disent en premier lieu que la location est une situation temporaire avant d’accéder à la propriété. Cependant, les 18-34 ans sont plus nombreux cette année à évoquer le coût élevé de la propriété comme raison de choisir la location. Les loyers sont également à la hausse, car 36% des 2000 ménages locataires interrogés pour cette enquête disent payer moins de 700$/mois. En 2020, ils étaient 41% des ménages à déclarer payer moins de 700$/mois.

Le télétravail gagne en popularité

Les jeunes sont plus nombreux à dire que le télétravail influencera leur choix d’habitation (42% par rapport à une moyenne provinciale de 32%). Dans plus de la moitié des cas, ces jeunes disent qu’ils s’éloigneront de leur lieu de travail puisqu’ils voyageront moins. L’enquête montre d’ailleurs que plus de ménages considèrent déménager dans une autre région (26% contre 20% en 2020).

Dans l’ensemble du Québec, 34% des travailleurs rapportent avoir fait du télétravail, soit plus qu’en 2020 (32%). Cette année, l’enquête révèle que 82% des télétravailleurs ont pu réduire leur temps de transport et 41% ont même déclaré qu’ils sauvaient entre une heure et deux heures quotidiennement. De plus, 84% des gens pratiquant le télétravail disent qu’il permet d’économiser.

«L’enquête démontre bien que le télétravail est devenu une réalité et qu’une formule hybride va prévaloir. C’est un mode d’organisation du travail qui permet de sauver de l’argent et du temps. Quand on analyse les données plus précisément, on voit que le télétravail est légèrement moins populaire chez les jeunes, car ils vivent dans des habitations plus petites», commente Normand Bélanger, président-directeur général du Fonds immobilier de solidarité FTQ.

D’ailleurs, les jeunes locataires sont beaucoup plus nombreux à souhaiter une pièce dédiée au télétravail dans leur logement.

Charles Brant, directeur du Service de l’analyse du marché de l’APCIQ

Sur le plan des critères de sélection de l’habitation, l’enquête n’a pas montré de changement significatif. Ceux qui veulent acheter des maisons unifamiliales choisissent en fonction du prix, de la sécurité du voisinage et de la possibilité d’avoir une cour. Les locataires sélectionnent aussi leur immeuble en fonction du prix et de la sécurité du quartier, mais la proximité des services est plus importante que l’accès aux espaces verts.

Le changement notable se trouve chez les futurs acheteurs de copropriétés qui désormais disent rechercher un fonds de prévoyance bien géré plus que des frais de copropriété raisonnables.

Inscrivez-vous à notre infolettre et recevez un résumé quotidien de l’actualité de Montréal.

Articles récents du même sujet