Matthew Williamson, de retour au pays
Matthew Williamson est soucieux du temps. Il a passé une grande partie de la journée dans un bateau, sous la pluie, pour la séance de photos d’un magazine. Bien qu’il soit Anglais, il ne raffole pas de la pluie. Après tout, il est réputé pour ses robes étincelantes et dignes des tapis rouges qui se déclinent dans des couleurs riches, sans compter la collection audacieuse aux couleurs vives qu’il a dessinée pour H&M.
«J’habite et je travaille à Londres, mais je ne suis jamais ici, explique-t-il. En général, je puise mon inspiration ailleurs. J’aime les endroits ensoleillés.» Il fait allusion à l’Afrique, à l’Inde,à Bali et au Mexique.
Il se trouve dans son grand studio de travail du quartier Mayfair, à Londres, par une journée nuageuse. Pendant les heures précédant notre entretien, il a travaillé à sa collection printanière, qui sera présentée au cours de la Semaine de la mode de Londres, qui commence demain.
Célébrations
Il retourne dans son pays natal après avoir présenté ses collections pendant sept ans à New York. L’initiative du British Fashion Council, qui invite tous les designers britanniques qui s’étaient enfuis à New York, à Milan et à Paris à rentrer au bercail pour le 25e anniversaire de la Semaine de la mode de Londres, fait beaucoup parler! Malgré l’exode des talents et l’amputation du programme, la présente saison pourrait réussir à faire de nouveau connaître cet événement souvent négligé.
«Nous présentons nos collections à New York depuis quelques années, ajoute-t-il. Nous sommes allés là-bas pour essayer d’attirer une clientèle variée. Cette année, notre défilé s’est bien passé, et nous avons lancé la collection H&M à New York, en plus d’y ouvrir une boutique. Après cette période effervescente, il était opportun de rentrer à Londres pour le printemps 2010.»
«Comme nous avons entamé le processus de création aujourd’hui, vous êtes arrivée au bon moment, poursuit-il, un sourire aux lèvres. Cette pièce était tapissée de photos et de dossiers de recherche avant que vous arriviez. Mon équipe compte quatre designers, y compris moi-même. Nous consacrons tous quelques semaines à la recherche. Par exemple, une fille peut aller à New York pour effectuer des recherches sur la tendance vintage et visiter des expositions dans des galeries, alors qu’une autre reste ici pour se pencher sur les imprimés et le tissage.»
Ils se réunissent ensuite dans son studio et étalent leurs trouvailles sur le plancher. «Nous ne conservons que quelques idées sur une planche de tendance, ajoute-t-il. Puis, nous conceptualisons la fille pour laquelle nous voulons nous exprimer cette saison.»
Clientèle variée
Contrairement à la croyance populaire, il ne s’agit pas toujours d’une grande blonde toute en jambes qui passe ses vacances à Ibiza. L’idée d’être catégorisé le contrarie. «À mon avis, les médias ont présenté ma cliente type comme une bohémienne qui aime voyager, et il y a manifestement des cases à cocher, précise-t-il. Toutefois, à ma boutique, qui est située à deux pas d’ici, je vois différents types de femmes, de la jeune fille à la femme de 60 ans. Actuellement, il est incontestable que notre clientèle est assez vaste.»
Le styliste de 36 ans s’enorgueillit de confectionner des vêtements pour femme magnifiques et portables qui se vendent plutôt que des morceaux exaltants à l’avant-garde de la mode. «J’ai créé un style avec lequel je me sens à l’aise, explique-t-il. Il doit évoluer, tout en restant fidèle à lui-même. Il n’est pas à la limite étrange de la mode. Il ne s’agit pas de réinventer la roue. J’imagine que, pour une personne plongée dans la mode, l’innovation et la remise en question de la mode pour femmes, mes créations sont peut-être désagréables à regarder parce qu’elles célèbrent la beauté.»
Les critiques ne l’abattent pas. Au contraire, puisqu’il a pour objectif de plaire à sa clientèle. «Mes créations sont commerciales, spécifie-t-il. Je veux qu’elles se vendent. Nous faisons tout pour que de nouveaux clients achètent notre collection, mais notre clientèle fidèle revient chez nous pour acheter d’autres vêtements du même style. La chose la plus brillante à faire, c’est d’accepter nos forces et de les développer.»
Si tout se déroule comme prévu, il pourra ajouter les hommes à sa longue liste de clients. Il aimerait se diversifier dans le design intérieur et les vêtements pour hommes. «Je suis toujours en mode expansion, explique-t-il. J’ai l’impression qu’il le faut.»
Ses paroles contrastent fortement avec la série interminable de communiqués de presse qui annoncent des compressions dans les maisons de couture cette année. À l’écouter parler, on a l’impression que la récession n’obscurcit pas son horizon. «Il faut anticiper et voir grand», maintient-il.