Dolce & Gabbana à la Semaine de mode de Milan: Retour vers le futur
Les choses ont changé depuis que Domenico Dolce et Stefano Gabbana ont fondé leur griffe, il y a 25 ans. Le marché du luxe a sombré et l’internet a fait mal à la vieille garde. À la différence de la majorité, Dolce & Gabbana se sont adaptés. Ils expliquent comment.
En octobre, Domenico Dolce et Stefano Gabbana ont livré l’un des défilés les plus réussis de la saison. Extravagant, avec une collection pourpre et noire qui rappelait l’héritage sicilien de la marque.
C’était aussi un tournant décisif de la relation entre la mode et l’internet, puisque certains des blogueurs les plus connus de l’industrie se trouvaient en première rangée. De plus, une production haute technologie projetait sur écrans géants les hauts et les bas des coulisses en temps réel.
Des semaines et des semaines de Tweets, d’articles de fond et d’apparitions dans les magazines s’en sont suivies. Quatre mois plus tard, le duo nous a parlé de sa connexion avec le passé et de sa nouvelle obsession pour le futur numérique.
Quels sont vos souvenirs les plus anciens en mode?
Domenico Dolce : Je suis né à Polizzi Generosa, une petite ville de Sicile. Mon père était tailleur et ma mère était propriétaire d’une boutique de vêtements, de tissus et de rideaux. C’était un vrai laboratoire. Parce que son travail l’accaparait beaucoup, elle avait laissé mon berceau à mon père dans son atelier. J’ai donc grandi au milieu des aiguilles et des coupons de tissus. Je ne m’amusais pas avec des soldats et des petites voitures, mais avec des vêtements. J’ai confectionné ma première paire de pantalons à 7 ans.
Stefano Gabbana : Je n’ai pas étudié en mode et ma famille évoluait dans un univers totalement différent. J’ai commencé ma carrière en graphisme, mais après six mois de travail, j’ai compris que ce n’était pas pour moi. J’aimais la mode, même si le domaine ne m’était pas familier.
Plusieurs designers ont essayé de se démarquer dans la blogosphère, mais peu s’y sont mis comme vous. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’accorder une telle place aux blogueurs?
SG : Nous avons décidé d’ouvrir notre première rangée aux blogueurs parce que nous voulions envoyer un message fort. Quand on croit en quelque chose, il faut foncer et ça signifie parfois transgresser des règles. La réaction a quand même été bonne.
DD : L’internet et les blogues représentent une nouvelle manière de communiquer dont nous avons besoin et dont nous voulons tenir compte dans notre travail. Cette décision a été considérée comme un point décisif dans la relation entre la mode et l’internet…
SG : Dans le passé, les gens n’avaient pas confiance en le pouvoir de l’internet. C’est parce que dans le monde du luxe, les sensations que procure un produit sont importantes, peut-être même davantage que le produit lui-même.
DD : Pour nous, les nouvelles technologies ont toujours été importantes. D’abord, nous avons dû apprendre à connaître les lecteurs de blogues, ce qu’ils attendent d’un blogue et le langage
qu’ils utilisent.
SG : Nous avons eu à trouver une manière de communiquer ces sensations à partir d’une vidéo et ce n’était pas facile parce que l’industrie de la mode s’est toujours adressée à une élite, alors que l’internet a toujours été démocratique.
Quels sont vos sites web favoris?
SG : Pour les potins, je consulte Perez Hilton.
DD : Et les blogues de mode bien sûr. Nous aimons BryanBoy, The Sartorialist, Garance Doré et les photos de Tommy Ton sur son blogue, Jack & Jil.
Est-ce que l’internet influence la manière dont vous travaillez?
SG : L’internet n’influence pas notre travail, mais notre manière de communiquer. C’est si rapide et instantané! Sur l’internet, on peut tout trouver; c’est merveilleux pour faire de la recherche, mais quand nous dessinons, nous utilisons toujours du papier et des crayons.
Vous avez lancé tant votre ligne pour hommes que celle pour femmes durant des crises économiques. À votre avis, en quoi celle que nous venons de traverser est-elle différente?
SG : Cette crise a semblé cogner dur parce que les gens se sont créé des besoins et avaient un niveau de vie plus élevé. Le marché ne pouvait pas tenir.
Vos dernières collections semblent retourner aux racines… Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de faire un retour en arrière?
SG : Il y a 25 ans, nous avons présenté la première collection Dolce & Gabbana et quand nous avons commencé à créer notre collection printemps-été 2010, nous avons ressenti le désir de jeter ce regard sur notre passé.
DD : Parfois, pour se comprendre, on doit expérimenter différentes choses. Mais avec cette collection, nous voulions retrouver l’ADN de Dolce & Gabbana. Les collections pour hommes et femmes peuvent toutes deux être résumées en trois mots : Sicile, tailleur et tradition.
SG : Notre mode reflète ce que nous sommes, mais en ces temps difficiles, nous savons que tout le monde a besoin de voir des choses qui les rassurent.
Madonna est la vedette de votre dernière campagne. En quoi vous inspire-t-elle?
DD : Nous avons la même manière de travailler. Elle est aussi contrôlante que nous. Elle s’implique toujours à fond dans les choses qu’elle entreprend. Elle n’a jamais peur de dire ce qu’elle pense. Et nous l’aimons pour tout ça!