À l'assaut de la toxic food
Le contenu de nos assiettes est mis sur la sellette dans le dernier livre de William Reymond : Toxic Food. La toxic food, selon l’auteur, c’est la nouvelle malbouffe. Elle va bien au-delà des hamburgers, frites et autres junk food. Elle englobe toute la nourriture industrialisée et transformée, du pain tranché aux fraises traitées aux pesticides jusqu’au boeuf injecté aux nitrites. C’est donc 80% de ce que l’on ingurgite à chaque jour qui est remis en question par l’auteur.
D’après le journaliste français qui a fouillé la question en épluchant les études et recherches scientifiques, cette nourriture toxique est un nouveau mal qui afflige nos sociétés modernes, la source de plusieurs maladies – cancers, maladies cardiaux vasculaires, diabètes – et de la pandémie d’obésité. Il nous présente certaines conclusions qu’il tire sur l’industrie agroalimentaire et sa toxic food.
En quoi la nourriture que l’on mange est-elle toxique?
Il y a un problème de compréhension parce qu’on a l’impression que ce sont les aliments qui sont en cause. Mais le principal problème, c’est tout ce que l’industrie agroalimentaire va rajouter dans les plats. L’industrie veut de la plus-value. Aujourd’hui lorsque l’on vend une tomate, la plus-value sur le légume est limitée. Mais lorsque l’on vend du ketchup, la plus-value est plus importante parce qu’il va y avoir un peu de tomate et beaucoup de produits qui ne coûtent pas cher. On pourra ainsi faire plus d’argent. On va aussi ajouter des conservateurs pour que la durée de vie soit plus longue. Des additifs pour amplifier le goût – salé, gras ou sucré -, la couleur, etc. Tous ces ingrédients chimiques que l’on ajoute à la nourriture nous rendent malades et, à terme, beaucoup sont cancérigènes.
Nous sommes donc des cobayes de l’industrie agroalimentaire?
Nous sommes effectivement les premiers cobayes de cette industrie. Nous n’avons aucune idée de ce que font ces produits quand ils sont combinés ensemble. Qu’est-ce qui se passe quand on les consomme tous les jours, pendant 20 ans?
Vous parlez beaucoup du mode alimentaire des Américains. Est-ce si terrible?
Les Américains ont appliqué à la nourriture les mêmes règles qu’on a pu appliquer à l’industrie. C’est pourquoi on parle aujourd’hui d’industrie agroalimentaire. Ils sont les inventeurs de ce système qu’ils ont exporté partout en Occident et qui est en train d’envahir le monde. À mesure que ce système arrive dans les pays qui ne le connaissaient pas – comme la Chine, l’Inde – les mêmes maladies que nous avons ici depuis des années apparaissent. Il y a donc un lien de cause à effet entre ce que nous mangeons et la manière dont nous devenons malades.
Pourtant, on a l’impression d’être de plus en plus informés sur les dangers de la malbouffe…
On a toujours l’impression que la malbouffe, c’est ce que mange
l’autre. Mais la nouvelle malbouffe représente 80% de ce qui se trouve
dans nos assiettes. La plupart des gens que je rencontre ne sont pas
des accros au McDo ou au fast-food. Mais ce qu’il y a dans leur
assiette à tous les jours, c’est de la toxic food. La viande du
supermarché, par exemple, on y rajoute des ingrédients pour la rendre
plus goûteuse et volumineuse sans même que le consommateur soit au
courant. Vous avez pourtant l’impression de bien manger.
Que font les gouvernements pour prévenir cela?
On pense qu’on est protégé par les gouvernements, mais sur les 80 000 produits chimiques qui existent aujourd’hui, dont beaucoup se retrouvent dans notre nourriture ou dans les pesticides qui sont versés sur la nourriture, 60 000 d’entre eux n’ont pas été testé et on continue à les utiliser. Ce qui me révolte, c’est que toute l’information existe, mais nous ne la connaissons pas et les gouvernements ne l’utilisent pas pour réformer notre mode de production alimentaire. On est submergé d’informations, mais les sources d’information sont souvent peu crédibles et biaisées. Donc en tant que citoyens, c’est très difficile de faire le tri. Ce sont les gouvernements qui devraient faire le tri et contraindre, mais ils ne font rien.
Que fait-on alors?
Acheter c’est voter et l’industrie agroalimentaire a cette qualité de s’adapter à ce que l’on consomme. Donc à chaque fois que l’on refuse d’acheter un produit, on fait un acte qui, à terme, aura des effets. On doit absolument se réapproprier nos assiettes et si on ne le fait pas on va au devant d’un péril.
Toxic Food. Enquête sur les secrets de la nouvelle malbouffe, aux Éditions Flammarion