Étiquettes nutritionnelles: De quoi y perdre son latin
De plus en plus de produits alimentaires dans les épiceries arborent des étiquettes qui vantent leurs vertus nutritives. Toutes sortes de logos et d’indications concernant la santé y sont tapissés pour inciter les consommateurs à les choisir. Étant donné la préoccupation grandissante des consommateurs pour une alimentation saine, cette tendance n’est pas près de disparaître. Mais est-ce une façon de mieux informer les gens, ou simplement une efficace stratégie de marketing?
«Il n’y a pas si longtemps que ça, on ne parlait pas de probiotiques et d’oméga-3. On avait du pain blanc et du pain brun», rappelle en riant François Décary, spécialiste en agroalimentaire pour Option consommateurs, une association sans but lucratif qui vise à défendre les consommateurs. Il remarque en ce moment une véritable multiplication des logos et des indications nutritionnelles, une pratique déjà bien répandue ailleurs dans le monde.
Aux États-Unis et en Europe, les aliments sont classés selon leur «profil nutritionnel». On leur appose des étiquettes vertes, jaunes ou rouge, qui indiquent au consommateur si l’aliment est bon, moyen ou mauvais pour la santé. Cette pratique devrait bientôt arriver au Canada, prévient le fondateur de l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels, Paul Paquin.
M. Décary estime pour sa part que les consommateurs d’ici ont droit à de l’information beaucoup plus précise que leurs voisins du sud, par exemple. «Aux États-Unis, la législation est beaucoup plus souple. On peut dire : « Cet aliment est bon pour la santé. » Ici, on ne nous permet pas de faire des allégations qui sont
aussi générales que ça», indique-t-il.
Plusieurs joueurs dans la mêlée
Ce qui inquiète le spécialiste en agroalimentaire, c’est que de plus en plus de fondations privées – la Fondation des maladies du cÅ“ur, par exemple – s’associent à des labels afin de vanter la qualité d’un produit. «Ce sont de bonnes organisations, mais s’il y a une augmentation de cette pratique, on a peur que cela rende les choses plus compliquées pour le consommateur, craint M. Décary. C’est un marché qui est en pleine explosion et qu’il va falloir surveiller de très près pour qu’il n’y ait pas de dérives et que le consommateur ne se retrouve pas floué.»
Les industriels apposent, eux aussi, leurs propres logos sur leurs produits, une tendance qui inquiète la nutritionniste Stéphanie Côté. On n’a qu’à penser aux produits Menu bleu du Choix du président ou encore aux aliments Irrésistibles Mieux-Être de Sélection Mérite, par exemple. «Les logos se veulent un raccourci pour aider rapidement les gens à faire des choix santé, mais il y a beaucoup de logos différents, constate-t-elle. Toutes les compagnies développent leur indicateur de santé et utilisent leurs propres critères pour inclure des aliments qui vont les avantager; donc ce n’est pas fait de façon aussi indépendante qu’on le voudrait.»
La réglementation
Mis à part les logos apposés par des fondations ou par les fabricants, c’est la direction des aliments de Santé Canada qui régit toutes les indications relatives à la nutrition et à la santé qu’on retrouve sur les aliments au pays. On voit souvent des slogans qui font la promotion des bienfaits pour la santé du produit, par exemple «le calcium favorise la formation et le maintien des os et des dents».
Étant donné la demande croissante des fabricants alimentaires pour apposer plus d’allégations santé sur leurs produits, Santé Canada est présentement en train de revoir la réglementation afin d’élargir l’offre. Selon Phi-lippe Laroche, relationniste de presse pour Santé Canada, l’organisme publiera un nouveau plan d’action concernant les allégations santé dès ce printemps.
«Le processus canadien est assez rigoureux, estime François Décary, d’Option consommateurs. Les allégations sont faites, en règle générale, sur des composantes qui sont déjà scientifiquement reconnues comme bénéfiques pour la santé par Santé Canada.»
Mais une chose est certaine, selon les spécialistes de la nutrition : l’attrait des aliments bons pour la santé n’est pas une mode passagère. «C’est plutôt une tendance très lourde qui a son fondement dans la puissance analytique des recherches scientifiques», affirme Paul Paquin.
Comment faire pour s’y retrouver?
«Le consommateur a encore un rôle à jouer, soutient François Décary, spécialiste en agroalimentaire pour Option consommateurs. Pour choisir un aliment, les tableaux de valeurs nutritives restent encore la Bible.»
Il ne faut pas non plus se fier aux logos à tout prix. «Quand on parle de produits comme des croustilles, des boissons gazeuses ou des bonbons, je pense qu’il faut voir que ces aliments-là, logos ou pas, ce ne sont pas des aliments santé, fait valoir la nutritionniste Stéphanie Côté. Il y a une question de gros bon sens et les gens le savent.»
La Loi sur les aliments et les drogues protège le consommateur. Au paragraphe cinq, il est indiqué que «toute allégation santé ne peut être fausse, trompeuse ou mensongère».
Selon Stéphanie Côté, les informations affichées par Santé Canada sur les produits sont fiables, mais la clé d’une bonne alimentation résidera toujours dans le choix de produits variés et équilibrés. Elle soutient que les allégations relatives à la santé sont particulièrement utiles dans un contexte où une personne souhaite faire des choix d’aliments dans le but de réduire les risques d’une maladie présente dans sa famille, comme le diabète ou l’hypertension.
Karine Lévy, nutritionniste et coordonnatrice à l’Ordre professionnel des diététistes du Québec, affirme que, selon elle, le meilleur truc pour bien lire le tableau de valeurs nutritionnelles d’un produit est de regarder d’abord la portion pour laquelle les valeurs sont données. «Faut-il les multiplier par deux, par trois? Parce que ça peut changer beaucoup de choses!» fait-elle valoir.