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Manque de solutions pour l'obésité morbide

Alors que plus de 300 000 Québécois souffrent d’obésité morbide, la provin­ce tarde à mettre en place des moyens efficaces pour lutter contre cette épidémie des temps modernes. En décembre dernier, la Coalition contre l’obésité morbide dénonçait l’inefficacité du plan d’action du gouvernement du Québec pour la chirurgie bariatrique. Un an plus tard, la cofondatrice de la Coalition, Jennifer Schultz, constate que la situation ne s’est pas améliorée.

Dévoilée en mai 2009, la stratégie du gouvernement devait contribuer à réduire les délais pour obtenir une chirurgie bariatrique, reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) com­me le traitement le plus efficace de l’obésité morbide. Mais depuis cette annonce, le nombre de personnes en attente de l’intervention au­rait explosé, augmentant d’au moins 20 %, selon la Coalition contre l’obésité morbide.

Pourtant, le ministère de la Santé et des Services so­ciaux du Québec (MSSS) a at­teint son objectif : de 840 en 2008-2009, le nombre d’inter­ventions est passé à 1 700 en 2010-2011. C’est donc le nombre de de­mandes qui a augmenté de façon significative. Selon la Coalition, près de 6 000 personnes étaient en attente de la chirurgie l’an dernier. Du côté du ministère, impossible de confirmer ce nombre, puis­que ces données ne sont pas compilées à l’échelle provinciale. C’est d’ailleurs un problème, selon Jennifer Schultz : «Certaines person­nes sont sur plusieurs listes d’attente en même temps, ce qui crée beaucoup de confusion, et des person­nes sont oubliées.»

La militante croit que le Québec gagnerait à imiter l’Ontario, qui s’est récemment doté d’un registre des patients en attente d’une chirurgie bariatrique. «Auparavant, l’Ontario défrayait les coûts pour permettre à ses patients de se faire opérer au Québec ou aux États-Unis», se rappelle Jennifer Schultz. Selon elle, la création du registre a grandement amélioré la situation de la province voisine. Le ministère ontarien de la Santé et des Soins de longue durée espère être en mesure de réaliser 2 085 chirurgies par année dès 2011-2012.

René Forget, qui a subi une chirurgie bariatrique l’année dernière, soutient que le problème québécois découle d’un manque de volonté politique d’enrayer l’épidémie. Par exemple, le MSSS de­meure hésitant lors­qu’il est question de rembour­­ser des traitements au­tres que la chirurgie bariatrique.

René Forget raconte qu’a­vant d’envisager une intervention chirurgicale, il a cherché des solutions alternatives auprès de médecins. «Le problème, c’est que quand tu te présentes à l’hôpital en disant que tu as pris 50 livres en un mois, les médecins ne savent pas quoi faire, déplore-t-il. Il n’y a pas de protocole de traitement spécifique pour l’obésité.» Malgré tout, un médecin lui recommande des médicaments qui pourraient freiner sa prise de poids en coupant sa faim ou en bloquant l’absorption des ma­tières grasses par les intestins. Puisque ces médicaments ne sont pas normalement couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), son médecin remplit une demande de couverture pour un médicament d’exception. «On m’a ré­pondu que ce n’était pas couvert parce que l’obésité est un problème esthétique», raconte-t-il.

Paule Saillant, porte-parole de la RAMQ, admet qu’il n’y a «pas de médicaments couverts pour traiter l’obésité comme telle». Elle assure toutefois que tous les médicaments «requis pour les ma­la­dies inhérentes à cette condition le sont». Le MSSS as­sure quant à lui que l’obésité est un problème de santé sérieux et rappelle qu’il a mis en place plusieurs plans de prévention. Un discours décrié par Jennifer Schultz, de la Coalition contre l’obésité morbide. Bien qu’elle soit en faveur de la prévention, elle rappelle que ces mesures n’aident pas les milliers de personnes qui souffrent déjà d’un surpoids extrême. «On ne se contente pas de dire à un sidéen qu’il aurait dû se protéger, on le traite», compare-t-elle.

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