Le danger du coup de cœur
Un nouveau phénomène fait son apparition au Québec : la hausse significative des conflits entre les différents propriétaires d’une copropriété.
L’une des raisons évoquées par les spécialistes du secteur serait l’intérêt croissant des Québécois pour ce type de logement. Le coup de cÅ“ur ne serait pas l’indicateur le plus fiable pour choisir son appartement, surtout lorsqu’il s’agit d’une copropriété.
Témoignages
Élise Desaulniers a acheté avec son compagnon, il y a un an et demi, sur le Plateau Mont-Royal. «On est trois condos, à la cool. Tout tient pas mal avec du scotch tape, confiance mutuelle, travaux communs, chat commun, disparités dans les ressources disponibles, pas vraiment de fonds de réserve, etc. On laisse le contrat de copropriété dans un tiroir et on essaie de ne pas froisser les sensibilités de chacun», explique la jeune propriétaire.
Il faut dire que le temps de réflexion a été limité au moment de l’achat. «Nous avons eu un coup de cÅ“ur pour cet appartement et rien n’aurait pu nous faire changer d’avis. Nous n’avions pas envie de nous préoccuper des détails légaux», précise-t-elle.
C’est aussi un coup de cÅ“ur qui a poussé Antoine Peigner à acheter son premier condo. Deux semaines après avoir vu une annonce de vente en direct, il signait, avec sa conjointe, l’acte de vente. Avant d’acheter, il a quand même rencontré les deux autres copropriétaires de l’immeuble.
«Une visite du bâtiment a été faite par un inspecteur, et son rapport conditionnait notre achat. Cependant, j’avoue ne pas avoir lu attentivement la déclaration de copropriété.»
Dépenses surprises
Il y a peu de temps, des fourmis charpentières ont envahi le sous-sol du bâtiment où loge M. Peigner. Le coût des travaux s’élèvera à 9 700 $. «C’est quelque chose que l’on ne pouvait pas prévoir, se résigne-t-il. Cependant, je compte demander, lors de notre prochaine assemblée générale, une augmentation du fonds de prévoyance.»
Actuellement, les copropriétaires versent 64 $ mensuellement pour alimenter un fonds de prévoyance qui verra ses 2 500 $ récoltés jusqu’ici engloutis par les travaux. «Malgré ce fonds de prévoyance, il y aura une somme assez élevée à régler.» Mais cela ne semble pas déranger les autres copropriétaires, dont les revenus suffisants pour faire face à de grosses dépenses.
Déclaration de copropriété, bilan des opérations, fonds de prévoyance, frais de copropriété, registre de propriété, états financiers, carnet pluriannuel d’entretien, droits et obligations qui régissent l’immeuble…
Le nouvel acheteur est souvent désarmé face à son nouveau statut de copropriétaire. Le coup de cÅ“ur et souvent l’élément qui pousse à se décider à la hâte, sans prendre soin de décortiquer tous les documents mis à sa disposition.