LEED argent ET abordable!
Construire un petit édifice à condos certifié LEED argent, et ce, sans se ruiner, c’est possible. C’est ce que tente de démontrer le cabinet d’architectes Studio MMA dans le cadre du dernier chantier lancé par Habitat pour l’humanité, un organisme caritatif d’affiliation religieuse qui offre un logement adéquat aux gens à faible revenu.
Dans chaque projet d’Habitat pour l’humanité, la famille choisie rembourse sur plusieurs années la valeur de la maison (sans les intérêts) en fonction de ses moyens financiers, en plus de fournir 500 heures de travail communautaire. D’où l’importance de limiter les coûts de construction. Malgré tout, on a décidé de ne pas mettre le facteur écologique de côté. Le tout dernier projet de l’organisme se trouve rue Sainte-Clothilde, dans le quartier Saint-Henri, et les heureux bénéficiaires sont la famille Aabid, originaire du Maroc, qui y déménagera d’ici Noël. Le bâtiment de quatre étages comprend deux duplex d’environ 1 400 pi2 (la deuxième unité reste à attribuer).
«La taille raisonnable d’un logement de trois chambres et sa situation géographique, dans un quartier bien desservi par le transport en commun et à proximité des services, rapportent un certain nombre de points pour la certification LEED», confie Rob Miners, l’architecte à l’origine du projet. Côté énergétique, l’enveloppe du bâtiment est plus hermétique que la norme (R-27 au lieu de R-20), notamment grâce à l’utilisation d’une couche d’uréthane à base de soya et de plastique recyclé entre les murs et la brique.
Dans un bâtiment standard, 40 % de la chaleur se perd à cause de fuites. L’ajout de fenêtres homologuées Energy Star, même si celles-ci coûtent en moyenne 10 % de plus, permet d’économiser 12 % en coûts de chauffage. Une maison étanche a besoin d’être bien ventilée, même si l’on a utilisé de la peinture à faible COV (composés organiques volatils) et du contreplaqué certifié sans colle à base de formaldéhyde. Si (étonnement) Montréal bénéfice d’une exemption du code du bâtiment, qui n’oblige pas un constructeur de logements neufs à incorporer un système de VRC (ventilation récupérateur de chaleur), M. Miners en a prévu un dans le projet de la rue Sainte-Clothilde.
D’autres points ont été gagnés à l’extérieur. Le toit est recouvert d’une membrane blanche qui reflète les rayons du soleil, évitant ainsi les îlots de chaleur. Il a aussi été solidifié pour un jour recevoir des panneaux solaires quand l’alternative sera intéressante financièrement. En façade, on a ajouté des plantes peu gourmandes en eau.
Pourquoi LEED?
Pour obtenir le label écolo LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), un projet de construction doit obtenir un certain nombre de points, attribués par un inspecteur certifié. «Construire LEED, c’est privilégier la santé des occupants, l’environnement et l’économie», explique Emmanuel Cosgrove, directeur d’ÉCOhabitation, fournisseur de services LEED habitation au Québec.
En effet, les nouveaux propriétaires n’auront pas à subir autant les conséquences sur la santé des composés qui s’échappent des matériaux neufs utilisés généralement dans la construction. Et, contrairement aux apparences, les gestes écolos ne sont pas bien plus chers : de 2 à 3 % de plus. «Il y a plein de petites choses qui amènent loin sans coûter trop», résume M. Cosgrove. Au Québec, environ 70 projets sont en cours de certification et une dizaine ont déjà obtenu leur homologation.