Et alors? Ce n'est pas mon argent!
J’ai un aveu à vous faire. J’étais censé me rendre à une conférence aujourd’hui. J’avais prévu prendre congé, et les frais d’inscription avaient déjà été payés par le budget du Douglas. En d’autres mots, je me rendais à la conférence à vos frais. Je suis plutôt assis dans ma cuisine à écrire cette chronique. Donc, je manque cette conférence.
J’avais tout simplement trop de choses à faire en trop peu de temps. L’argent a été dépensé pour rien et, même si les coûts d’inscription n’étaient pas élevés (75 $), cela va à l’encontre de ma conviction que les fonds publics ne doivent pas être gaspillés. Je vous présente donc mes plus sincères excuses.
J’ai droit à un minuscule compte de dépenses et je l’utilise habituellement de façon très judicieuse. Chaque fois que je vais à une réunion à l’extérieur du Douglas, je vérifie toujours s’il y a de la place dans la rue avant d’utiliser le stationnement payant. Pourquoi? Parce que c’est exactement ce que je ferais si j’avais à débourser l’argent de ma poche.
Je vous parle de ça parce que je remarque très souvent qu’on dépense l’argent des autres avec beaucoup plus de facilité qu’on ne le fait avec nos propres sous.
Paiements par une tierce partie
Êtes-vous vraiment surpris par la hausse des primes de l’assurance-maladie et de l’assurance-médicaments? Nous mettons sur pied ces plans afin de simplifier le système et d’aider ceux qui ne peuvent se payer ces services essentiels. Mais par le fait même, nous créons un système où «ceux qui facturent» doivent rarement rencontrer «ceux qui payent».
La simple idée que quelqu’un d’autre paie pour nous semble rendre la dépense tellement plus facile à faire!
Loin de moi l’idée de pointer une personne ou une profession en particulier. Le problème se retrouve partout, autant dans le privé que dans le secteur public. Certains employés réclament un nouvel équipement ou des fournitures de bureau additionnelles alors que ce qu’ils utilisent est parfaitement fonctionnel. Certains gestionnaires embauchent des consultants pour se faire dire ce qu’ils savent déjà dans le seul but de justifier une décision impopulaire. Certains professionnels gonflent la facture si un client n’a pas à débourser de sa poche.
Cela ne signifie pas nécessairement que ceux qui posent ces gestes sont malhonnêtes. C’est seulement qu’un système basé sur des paiements effectués par une tierce partie rend plus facile de facturer des marchandises qui sont loin d’être essentielles ou encore de faire payer du temps supplémentaire sans avoir besoin de se justifier. Demander, et recevoir, un traitement de faveur se fait également plus aisément.
Si chacun d’entre nous dépensait l’argent des autres de la même façon qu’il le ferait avec son propre argent, il y aurait probablement moins de terrains de golf luxueux, de restaurants hors de prix ou de loges corporatives au Centre Bell. Cependant, je vous parie que certains de ces luxes deviendraient plus abordables pour tout le monde. Tout comme les produits et services essentiels, d’ailleurs.