Procréation assistée: un an plus tard
Être incapable de concevoir quand on souhaite ardemment donner la vie est un dur combat. Parlez-en à Amélie, dont le fils
est né l’hiver dernier après 10 ans d’essais, deux inséminations artificielles et une fécondation in vitro (FIV). «J’ai fini par tomber enceinte grâce à une insémination artificielle, raconte la jeune femme de 30 ans. On ne l’espérait plus.»
Son mari et elle s’étaient même tournés vers l’adoption, en désespoir de cause, après avoir englouti pas moins de 10 000 $ en frais de toutes sortes. Si le couple n’a pas bénéficié du programme gouvernemental, mis en place quelques mois à peine après cette insémination réussie, il peut néanmoins témoigner de la détresse vécue. «Nous étions à terre, physiquement comme financièrement. Ça met beaucoup de pression sur le couple et c’est rare qu’on a de tels montants dans les poches, alors il a fallu emprunter», résume Amélie.
Pilier des démarches pour que la loi soit entérinée, le Dr Pierre Miron, obstétricien-gynécologue à la clinique Fertilys, confirme : «Certains couples allaient jusqu’à réhypothéquer leur maison pour recevoir des traitements.» C’est entre autres pourquoi il se réjouit de constater que le programme est enfin en place après des années de bataille. L’infertilité, «c’est comme une maladie, donc ça mérite d’être couvert», ajoute Amélie.
Le ministère de la Santé n’a pas de données concernant le taux de succès des traitements remboursés dans la dernière année. Cela dit, on sait que 2 990 cycles de FIV (soit le prélèvement d’ovules suivi d’une fécondation en laboratoire) ont été complétés du 5 août 2010 au 31 mars 2011. En 2011-2012, avec l’ajout de points de services, on prévoit que 4 800 cycles pourront être réalisés, estime Noémie Vanheuverzwijn, porte-parole du ministère.
Par ailleurs, 9 913 couples auraient demandé à passer des examens de fertilité, selon des données obtenues par La Presse. Du côté de la Régie de ‘assurance maladie (RAMQ), 27?361 actes médicaux (incluant les inséminations artificielles) ont été facturés par 190 professionnels de la santé, pour des investissements de 15,5 M$.
Démarche
- Le médecin traitant établit un diagnostic d’infertilité et tente d’en identifier les causes. Au besoin, il oriente le couple vers les services de deuxième ligne.
- Dans les centres régionaux désignés de procréation médicalement assistée, le gynécologue continue l’évaluation et commence les traitements tels la stimulation ovarienne, l’insémination intra-utérine et le suivi échographique.
- Lorsque requis, le gynécologue oriente les patients vers un centre tertiaire pour la FIV. Les services de troisième ligne sont actuellement offerts au CUSM, chez Ovo, chez Procréa et au Centre de fertilité de Montréal.
Quelques bémols: entrevue avec le Dr Pierre Miron
Si les Québécois peuvent aujourd’hui bénéficier d’un soutien financier pour la procréation assistée, c’est en partie grâce aux pressions du Dr Pierre Miron, qui a milité pendant de nombreuses années, notamment aux côtés de Julie Snyder, afin qu’un tel programme soit implanté. Parmi ses faits d’armes, notons la reconnaissance, par l’Association des obstétriciens-gynécologues du Québec, de l’infertilité comme une maladie, la mise en place d’un crédit d’impôt remboursable pour le traitement de l’infertilité (en 1999) et la fondation de Procréa. Aujourd’hui à la tête du Centre de fertilité et de reproduction Fertilys, l’éminent spécialiste se réjouit des répercussions de la nouvelle loi, en apportant toutefois quelques bémols.
Concrètement, qu’est-ce que l’entrée en vigueur de la loi a apporté dans votre pratique?
C’est sûr que, pour les patients, c’est maintenant beaucoup plus simple. Les couples infertiles ont moins de préoccupations financières qu’avant. Cela dit, il y a encore beaucoup de problèmes non résolus, dont l’accessibilité. Les couples attendent de neuf mois à un an.
Avez-vous d’autres problèmes à souligner?
Le ministère privilégie les grands centres en ville alors que les services devraient être offerts en périphérie lorsque le nombre le justifie. La tendance ailleurs est d’offrir le service là où se trouvent les jeunes couples, en l’occurrence en banlieue, notamment. On est en train de reproduire le scénario du CHUM. À mon avis, ouvrir 10 centres à échelle humaine partout au Québec, en collaboration avec les agences régionales, coûterait moins cher tout en personnalisant les services. Les couples ont besoin de recevoir une attention particulière. Actuellement, ils se sentent bousculés dans le processus. Les procédés leurs sont expliqués en réunions de groupe alors que ça devrait se faire en rencontres individuelles. Pour la confidentialité, on repassera! C’est faire du volume de bétail, ça devient inhumain