Prévenir le mal de la rentrée
Fatigue, insomnie, perte d’appétit, somnolence, douleurs musculaires, tristesse, anxiété, difficulté à se concentrer, sentiment de vide, irritabilité… La liste est longue pour décrire les lendemains de vacances difficiles. Pour certains, le retour à la maison serait même synonyme de dépression. Selon plusieurs études, près de 35 % des personnes âgées de 25 à 40 ans seraient atteintes de dépression post-vacances, une forme de dépression légère qui se produit au retour des vacances.
«Ce phénomène est dû au fait de devoir recommencer à affronter des obligations régulières (travail, tâches ménagères…) après une période de repos», explique Suzanne Gravel, thérapeute du Centre de relation d’aide de Montréal.
Avec un bémol : «Il faut bien distinguer la dépression post-vacances, qui est assortie de symptômes durables ressentis durant plus de deux semaines, du simple blues des vacances, qui est beaucoup plus court», assure Danny Gagnon, psychologue à Montréal.
Pour éviter cela, mieux vaut agir en amont, en s’organisant avant de partir. «En terminant les dossiers ou les tâches en cours, on pourra partir l’esprit tranquille et éviter de se retrouver, au retour, face à une montagne de choses à accomplir», explique Suzanne Gravel. Tirer sur la corde et travailler fort jusqu’à la dernière minute serait tout sauf conseillé. «C’est un peu comme l’image du marathonien qui pose sa main sur le poteau de la ligne d’arrivée et qui s’effondre… Il faut à tout prix éviter cela et écouter son rythme biologique», rappelle François Leduc, psychologue du travail et des organisations. Pour lui, les vacances se préparent, au même titre que le retour au travail. «Une personne épuisée mettra au moins deux semaines à récupérer physiquement, et quatre semaines à récupérer totalement et à se sentir libre», ajoute-t-il.
Durant les vacances, il est donc important d’être à l’écoute de soi-même pour combler ses propres besoins, que ce soit en termes de lecture, de repos, de culture ou d’interactions sociales. «En étant bien nourris sur tous les plans, nous sommes beaucoup moins sujets aux dépressions», affirme M. Leduc.
Revenir à la maison quelques jours à l’avance permet aussi de reprendre son rythme et d’effectuer le rangement et les tâches ménagères avant de retourner au bureau. «Il est même possible de planifier son retour un mercredi, par exemple, pour recommencer doucement, ou encore prendre des vacances moins longues, mais plus fréquemment», conseille Suzanne Gravel.
Diminuer son rythme de vie permettrait aussi d’éviter un retour trop brutal. «Il faut veiller à protéger le plus possible son temps personnel pour dormir et se reposer», estime François Leduc.
Toutes les techniques sont bonnes pour prendre soin de soi : relaxation, respiration, exposition au soleil, exercice physique… «On peut se projeter les photos de son voyage ou commencer à planifier ses prochaines vacances pour recréer des sensations de plaisir et faire une transition», propose Denis Gagnon. Sans oublier de recommencer à pratiquer rapidement des activités que l’on affectionne. «L’important est de ne pas s’isoler et de reprendre contact avec son entourage», affirme M. Gagnon.
Pour prendre le temps d’atterrir
Pour la conseillère et formatrice Annie Lord, les vacanciers ne sont pas les seuls à connaître le blues post-vacances. Les étudiants et les travailleurs internationaux seraient également affectés, car «aucun séjour à l’étranger ne laisse dans l’indifférence», met-elle en garde dans son livre intitulé Prendre le temps d’atterrir. «On peut être assez sûr que tous vont vivre un choc plus ou moins long en fonction de ce qui les attend au retour et de leur per-sonnalité», affirme la formatrice.
Afin de dédramatiser la situation et de montrer que l’on n’est jamais seul à vivre ce type de situation, son carnet de retour compte plusieurs témoignages servant à inciter les globe-trotters à prévoir un temps de réflexion avant de s’engager dans de nouveaux projets. «L’idéal est de penser à son retour avant même de partir, afin de mettre en place des éléments qui peuvent favoriser la réadaptation, explique-t-elle. On peut par exemple prendre le temps de penser où l’on habitera en revenant, si l’on souhaite se réinscrire à un cours universitaire ou alors chercher du travail», énumère-t-elle.
Prendre le temps d’atterrir
Annie Lord, Septembre éditeur