Pouce, suce et cie
Vous l’avez bercé, vous lui avez chanté des berceuses… Pourtant, bébé continue de hurler à 3 h du matin. La solution facile reste de l’encourager à sucer son pouce ou encore de lui donner une suce, mais est-ce une bonne idée?
Le dilemme suce-pouce divise les parents depuis longtemps. Cela dit, il n’y a rien de plus naturel pour les bébés que sucer leur pouce : les fœtus le font in utero, et ce comportement a été observé chez certains primates, dont les chimpanzés.
Les défenseurs de la suce prétendent que calmer le bébé plutôt que de le laisser pleurer pour rien est bénéfique pour son bien-être. Ils estiment en outre qu’il s’agit d’un outil-clé pour la santé mentale des parents : on console beaucoup mieux après une bonne nuit de sommeil!
De plus, on croit que la suce réduirait les risque de mort subite du nourrisson. Elle peut également faire partie de la routine du dodo (comme le bain et l’histoire) et peut réconforter un enfant qui fait ses dents. Autre point positif selon ses défenseurs : les parents peuvent contrôler son utilisation et, contrairement au pouce, il est possible de la jeter quand l’enfant sera jugé trop vieux.
Malgré tout, le bébé peut devenir dépendant de sa suce. Et même si elle contribue à préserver la santé mentale des parents, à long terme, elle peut avoir des conséquences néfastes.
«Plus un enfant tète, plus ses os – qui sont en pleine croissance – et ses tissus buccaux sont affectés», explique la dentiste pédiatrique Sarah Hulland.
«Cette pratique peut déformer la bouche, déplacer les dents, empêcher les lèvres de bien fermer et modifier les mouvements de la langue», avertit cette ancienne présidente de l’Académie canadienne de dentisterie pédiatrique.
Selon Mme Hulland, la suce ne devrait être utilisée que quelques minutes pour calmer le bébé, puis être enlevée de sa bouche. «La suce peut déformer beaucoup la bouche, empêchant les dents du devant de se rejoindre, soutient-elle. Cela peut causer des difficultés à fermer les lèvres et même des problèmes de la langue.»
Pour pallier ces problèmes, les fabricants de produits créent des suces de plus en plus ergonomiques. Malgré ces avancées, faire perdre cette habitude à un enfant peut s’avérer ardu.
«La manière la plus simple d’éliminer ce besoin est de réserver l’utilisation de la suce à des moments-clés, croit Mme Hulland. Dans le cas des adeptes du pouce, il faut enlever les doigts de la bouche de l’enfant et lui proposer une solution de rechange réconfortante. En dernier recours, un dentiste peut installer une sorte de barrière dans la bouche.»