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Qui veut manger de l’écureuil?

Photo: Archives Métro

Hier deux ministres péquistes entourés d’une impressionnante cohorte de chefs ont annoncé que, dès l’automne, ces chefs, triés sur le volet, pourraient servir à leurs clients du gibier sauvage. Mais attention, pas n’importe quel gibier, seulement cinq espèces seront pour l’heure permises: du castor, de l’écureuil, du cerf de Virginie, du lièvre et du rat musqué. Wow! Alors que le cerf et le lièvre sont plus connus, quoi que peu répandus, le castor, l’écureuil et le rat musqué demeurent des espèces qu’on connaît très peu, voire pas du tout quand on parle de gastronomie.

Pour ma part, à l’idée de manger du rat musqué, je ne suis pas certaine, mais s’il est cuisiné par les Normand Laprise ou les Jean-Luc Boulay de ce monde, je suis partante! Voilà donc un superbe projet pour faire découvrir nos ressources animales sauvages autrefois bien connues et aujourd’hui oubliées.

Je soupçonne les chefs de cacher de grandes ambitions derrière ce projet encore embryonnaire. En entrevue, dimanche, Normand Laprise me parlait de gaspillage alimentaire et de valorisation des ressources. «On a une ressource extraordinaire et on la gaspille présentement», m’a dit le chef en précisant que 70% des 25 000 bêtes tuées annuellement au Québec se retrouvaient à la poubelle.

«Alors est-ce qu’on peut amener ça aux banques alimentaires? Est-ce qu’on peut donner ça à nos enfants?», se demande le chef, du même souffle. Du gibier sauvage pour nourrir les démunis? J’aime.

Je crois qu’avec la démocratisation de la viande d’épicerie, les deux ou trois dernières générations ont oublié que nos forêts regorgeaient de viande (d’animaux), de la viande bio, pure et heureuse.  Dans ma famille, le gibier «goûtait fort» et suscitait bien souvent du dédain, sauf peut-être l’orignal que mon grand-père chassait aux trois ou quatre ans.

Grâce à ma belle-famille, des gens qui aiment la chasse et savent cuisiner les animaux qu’ils chassent, j’ai redécouvert la viande de bois. Dernièrement, j’ai mangé de l’oie sauvage, de l’outarde et du lièvre magnifiquement cuisinés. En mangeant ces repas, une sorte de fierté émane, comme si c’était un peu plus noble de manger ces animaux, ces offrandes de la nature, plutôt que du bœuf ou du porc en barquette.

Si les grands chefs du Québec peuvent rendre leurs lettres de noblesse aux animaux de nos forêts qui ont nourri nos ancêtres jusqu’à récemment, ce sera déjà un pas de plus dans la construction de notre identité culinaire québécoise.

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