Luis Oliva: «Je sais combien de sueur il y a derrière chaque homard»
Parti observer le rituel de bénédiction des bateaux à L’Anse-à-Beaufils, en Gaspésie, au début de la saison du homard, Luis Oliva, qui réalise son premier film, en est revenu avec de beaux personnages et un tout nouvel angle pour son documentaire. Il a suivi des pêcheurs dans leur quotidien, en pleine saison de pêche.
En 2014, vous avez suivi des pêcheurs de homard gaspésiens pour réaliser ce documentaire. Vous êtes-vous complètement immergé dans votre sujet?
Au départ, je devais, avec la recherchiste, aller faire du repérage au début de la saison de pêche au homard. Finalement, après cinq jours, je suis revenu avec 20 heures de matériel, et en regardant ce qu’on avait enregistré, on a tout de suite constaté que les personnages étaient forts. Avec tout ça, on a eu le go assez tard au mois de juin. J’ai donc passé les deux ou trois dernières semaines de pêche avec les pêcheurs. J’ai fait le début et la fin de la saison.
Dès la première journée, j’ai eu la chance d’embarquer avec Jean-Marie [un des pêcheurs]. Quand ils ont commencé à nous raconter leurs histoires, on a vite vu qu’il allait s’agir d’un film sur les pêcheurs, pas juste sur la pêche.
Qu’est-ce qui vous a le plus étonné dans cet univers?
Les femmes. Par exemple, dans le film, on a suivi Marie-Josée et Alexandra. De prime abord, on pense que c’est un métier d’hommes, mais il y a beaucoup de femmes qui pêchent le homard, et ce, depuis longtemps.
[D’après ce que j’ai pu observer], c’est plus léger d’être sur un bateau dont le capitaine est une femme. Ce n’est pas que les femmes prennent ça moins au sérieux, loin de là, mais elles rient davantage, c’est plus soft.
Qu’est-ce que vous retenez de votre expérience?
Maintenant, quand je mange un homard, j’en profite beaucoup plus parce que je sais combien de sueur et d’énergie il y a derrière chaque prise. C’est une vocation, se lever à 2 ou 3h du matin et travailler jusqu’à 12h30 – 13h, pendant 68 jours d’affilée. Ça m’impressionne énormément.
Qu’ignore-t-on de la réalité des pêcheurs de homard?
Dans une même saison, les pêcheurs subissent des chutes de prix importantes. Nous, comme consommateurs, ne le ressentons jamais, parce que le homard nous est toujours vendu aussi cher.
Pour eux, c’est une tout autre histoire. Cette saison par exemple, tout le monde était bien content durant la
première semaine de pêche, parce que le homard était à 7$ la livre. Mais le lendemain de la fête des Mères, il est tombé à 5$. Une baisse de 2$ la livre, c’est beaucoup, et maintenant, je comprends à quel point ça leur fait mal; ils ont le bateau à entretenir, les gens à payer, le prix du permis… La marge de profit est très mince.
Tu n’as pas le choix de faire ce métier-là avec passion. Comme plusieurs me l’ont dit pendant le tournage, c’est de l’eau salée qui coule dans leurs veines.
Les pêcheurs de l’anse
Dimanche 17 mai, 21h à Canal D
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