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Boom immobilier à Bamako

«Le gouvernement exproprie les maraîchers. On nous enlève nos terres sans nous en offrir d’autres en échange.» Ibrahim Sidibé a toujours cultivé la terre à Bamako. Aujour­d’hui, il découvre que son lotissement est en vente. Une agence immobilière y a posé un panneau pour attirer de nouveaux acheteurs.

Il ne s’agit pas d’un cas isolé dans la capitale ma­lienne. Plusieurs maraîchers se sont fait retirer leur terre, car ils ne possédaient pas de titres fonciers valides. «C’est le gros problème au Mali. Plusieurs cultivateurs ont hérité de la terre de leurs ancêtres. Le problème, c’est qu’à l’époque, ils pouvaient s’installer sur un lotissement et le cultiver, mais cela ne leur donnait pas le droit de propriété», explique Aboubacar Camara, journaliste à la Radio Kayira de Bamako, une radio qui défend les causes sociales.

Bamako se trouve ac­tuellement dans un conflit où s’opposent deux principes : celui de la tradition, qui sous-entend que les droits de ceux qui cultivent le sol doivent être respectés, et celui de la loi, où l’État est le maître du sol.

Comme l’explique l’anthropologue Françoise Bourdarias dans son article. «La ville mange la terre. Désordres fonciers aux confins de Bamako», «les luttes dont le sol urbain est aujourd’hui l’enjeu constituent un indice révélateur du réaménagement des hiérarchies sociales dans un contexte de privatisation des entreprises et de cri­se économique», écrit-elle.

Bamako rassemble près de 40 % de la population malienne. Devant une forte croissance de la ville, le gouvernement a décidé à la fin des années 1990 de développer et de moderniser la capitale. La politique de logement social du président malien Amadou Toumani Touré a permis par exemple de construire près de 4 000 logements sociaux en trois ans.

Bamako se développe, mais pour l’instant, sans politique claire sur le mode d’attribution des terres. Celle-ci se fait donc dans le désordre de­puis plusieurs années, ce que la Banque mondiale a qualifié de «gâchis foncier».

«L’urbanisation accrue des villes repousse actuellement le maraîchage», explique Oumar Mariko, chef du parti de l’opposition malienne, le parti SADI. «Il faut développer une politique viable pour l’agriculture et sécuriser les maraîchers en leur donnant des parcelles pour qu’ils puissent avoir accès à la terre», soutient-il.   

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