Guadeloupe : un paradis baigné par la mer bleue
La voiture poursuit son ascension. Les routes sont étroites et tortueuses. Les stridulations des criquets se mêlent aux rugissements du moteur surmené qui peine à propulser la voiture jusqu’au sommet de la montagne. En haut de celle-ci se trouve un hôtel sans rapport avec les palaces qui hébergent les touristes dans cette île française.
Sur la cime de la montagne, 10 huttes de bois, aux couleurs vives, brillent parmi les bananiers. Tous les pieux ont été enfoncés par Georges Clément, un menuisier français qui, en 1990, a quitté son emploi et sa mère patrie pour partir à l’aventure en Guadeloupe, tout juste ravagée par un cyclone. Après avoir contribué à la reconstruction de ce paradis tropical, il a décidé de réaliser l’un de ses rêves d’enfant en fondant son propre village dans la jungle, qu’il a appelé Habitation Tendacayou.
Dix-huit ans plus tard, le jardin du village baigne dans l’odeur des fleurs de jasmin. Son feuillage tropical et luxuriant évoque Tarzan et les rêveries d’enfant de Georges. Une cabane a été construite dans l’un des nombreux arbres touffus. Un pont conduit à la cime d’un autre arbre où les visiteurs peuvent se doucher tout en ayant une vue dégagée de la mer des Caraïbes.
Rhum et calypso
Sur une carte, la Guadeloupe ressemble à un papillon qui déploie ses ailes d’est en ouest. Comme c’est souvent le cas à cette latitude, le rhum coule à flots, aux rythmes insouciants du calypso, et il est possible de cueillir des bananes fraîches dans les arbres. La Guadeloupe offre des plages de sable blanc, des palmiers qui se balancent au gré du vent et une mer turquoise.
On dirait une carte postale de n’importe quel pays des Caraïbes, mais, ici, la facture est française. Comme il s’agit d’un département d’outre-mer de la France, la langue officielle est le français et la plupart des panneaux sont écrits dans cette langue. Les habitants du Vieux Continent sont très attachés à l’île paradisiaque de la Guadeloupe, un lieu d’évasion bien à eux.
Les deux principales îles de l’archipel ne sont séparées que par un bras de mer, la rivière Salée. La capitale, Pointe-à-Pitre, est une ville bourdonnante située sur l’île de Grande-Terre. Il s’y tient des marchés animés où l’on vend des épices, des légumes frais, du poisson et des créations locales intenses et colorées. Loin de la ville, on trouve des champs de canne à sucre à perte de vue et des belvédères où on peut contempler les vagues étincelantes qui s’écrasent contre les contreforts montagneux et les gerbes d’eau qui fusent vers le ciel, comme des geysers islandais.
Même si la traversée du canal ne dure que quelques secondes, le paysage de l’île voisine, Basse-Terre, est complètement différent. La forêt tropicale humide, luxuriante, y remplace les champs de canne à sucre.
Christophe Colomb a été le premier Européen à poser le pied sur l’île, qu’il a nommée d’après une célèbre icône de la Vierge Marie. Jusqu’à cette époque, la population indigène utilisait un nom beaucoup plus approprié pour désigner cet endroit stupéfiant : «Karukera» ou «l’île aux belles eaux».
Zoo sous-marin
La mer recèle un véritable zoo sous-marin, où les poissons de toutes les tailles et de toutes les couleurs vous observent à travers les coraux pendant que vous flânez dans ce monde aquatique.
Jacques Cousteau, l’illustre biologiste de la vie aquatique, a classé l’île Pigeon, au large de la côte ouest du continent, parmi les meilleurs sites de plongée au monde. En retour, on lui a rendu hommage en érigeant une statue à son effigie sous la mer, plantée dans le lit marin doux et sablonneux.
Les eaux qui entourent la Guadeloupe cachent plusieurs secrets. Les mangroves, une réserve naturelle colossale qui s’étire presque à l’infini vers l’océan, sont situées au nord de la rivière Salée. Même si la couleur bleu profond de l’eau atteste qu’il s’agit de l’océan, de petites forêts poussent un peu partout. En sautant du bateau à moteur, les voyageurs s’aperçoivent que l’eau leur arrive seulement à hauteur de genoux, même si plusieurs kilomètres les séparent du rivage. Le fond marécageux des mangroves abrite des mollusques et des crustacés dont les noms ne se sont jamais retrouvés dans les livres de biologie traditionnels.
Les mangroves offrent aux aventuriers une expérience à la Robinson Crusoé. La Biche est un îlot pas plus grand que la cour typique d’une maison en rangée, qui n’abrite qu’un hangar de métal délabré. Malgré tout, il est possible de s’extasier devant ce paysage inusité où l’océan et la forêt se rencontrent, assis sur la plage, les jambes croisées.
Sur la terre aussi
En outre, la Guadeloupe est un vrai bijou pour ceux qui préfèrent les activités terrestres. Sur l’île de Basse-Terre, au relief accidenté, les arbres de la forêt tropicale humide dressent leurs branches au-delà des falaises. En arrière-plan s’élève le volcan La Soufrière, aussi bien connu sous le nom de «la vieille dame». Même s’il peut être capricieux, il n’est pas entré en éruption depuis 1976. Les casse-cou peuvent emprunter les sentiers des versants touffus pour atteindre le sommet et sentir la chaleur qui se dégage du volcan. Assurez-vous de mettre vos meilleures bottes de randonnée et d’être vigilant si vous avez des problèmes de genoux : la couche d’argile glissante rend l’ascension difficile.
Sur l’île de Basse-Terre, il y a 30 000 hectares de forêt tropicale humide à explorer. Les centaines d’arbres sont le théâtre d’une vie animale riche, mais aucune espèce n’est dangereuse. Vous pouvez observer un gecko qui change de couleur ou vivre l’expérience terrifiante de tomber sur une araignée de huit centimètres de longueur.
La forêt tropicale humide est un parc d’attractions gigantesque : vous pouvez vous asseoir au sommet d’une chute et vous laisser glisser par un petit passage, dans un jaillissement d’eau. La sensation fourmillements surpasse de loin celle que procurent les montagnes russes sur radeau, même les plus formidables. Un système ingénieux de ponts suspendus a été érigé au sommet des arbres, vous permettant ainsi de marcher à environ 30 mètres du sol. Vous pouvez sauter des versants de la montagne ou emprunter des sentiers rocailleux.
De retour à l’Habitation Tendacayou, sur la cime de la montagne, les convives se sont réunis dans le restaurant adjacent, qui s’appelle Poisson Rouge, où l’épouse du menuisier sert des fruits de mer, des spécialités caraïbes. Alors que les convives se régalent, deux musiciens locaux font leur entrée.
Les paroles de Stevie Wonder «Isn’t she leeeuuuvleeeyy, isn’t she weeeuunderful?», indubitablement chantées avec un accent français résonnent dans le restaurant tenu par Sylvie. Si la chanson parle de la Guadeloupe, alors la réponse est simple. Oui, elle est charmante et formidable.