Un aîné abusé et battu durant deux ans
« Il s’agit de dizaine de milliers de dollars volés, indique Danny Richer, relationniste du Service de police de Montréal (SPVM). Les coups reçus n’ont pas mis la vie de la victime en danger, mais on parle tout de même de blessures. »
Raymonde Côté s’était rapprochée de sa victime et avait pris ses aises à son domicile. Elle aurait dès le début commencé à lui soutirer de l’argent. Vols, menaces et coups devenaient quotidiens dans cette relation difficile à définir. « Nous ne savons pas encore comment se sont tissés les liens entre les deux personnes », a relevé M. Richer.
Le calvaire du monsieur s’est terminé quand les enquêteurs du service à la communauté de la région Nord du SPVM ont arrêté Mme Côté. Elle a passé deux nuits en détentions avant d’être libérée sous caution avec interdiction de contacter la victime. Selon le Code criminel, l’extorsion est passible de la peine d’emprisonnement à perpétuité.
La victime a été référée aux services sociaux pour sa prise en charge. L’accusée n’a pas d’antécédents criminels, mais elle est connue pour avoir été accusée de possessions d’objets volés en 1993 sans qu’elle ait été poursuivie.
Le mal de l’isolement
Cette affaire est-elle l’illustration des risques encourus par les personnes âgées vivant seules? « Il est rare de voir des cas de ce genre », a expliqué pour sa part M. Richer du SPVM. Dans le secteur où réside le monsieur, la nouvelle ne semble pas avoir fait grand bruit.
D’autres aînés, ceux rencontrés par le Courrier au club social Henri-Julien, disent se sentir en sécurité.
« Si l’on reste actif et en réseau, on est moins vulnérable », note Ghislaine Belisle, bénévole pour visiter les aînés vivants seuls. Elle et ses acolytes venaient de terminer une séance de sport cérébral. « Il faut reconnaître que le danger vient de l’intérieur de la famille et les gens n’osent pas en parler », remarque Alexandre Malebay-Marsolais, autre membre du club.
« Les formes de mauvais traitements sont très insidieuses », relève Claude Grillot, coordonnateur de la table de concertation sur les abus et la maltraitance des aînés d’Ahuntsic-Montréal-Nord. Cette entité réunit les acteurs confrontés aux problèmes que rencontrent les aînés. « Il est difficile pour les gens de dénoncer leurs enfants, même s’ils subissent du chantage, constate-t-il. Nous essayons de trouver les outils pour déceler ce genre d’abus. » Il reconnaît que pour le moment, la table en est à la sensibilisation des professionnels et des aînés.
« Nos bénévoles ont toujours les antennes ouvertes », fait observer France Brochu, de Entraide Ahuntsic Nord. Cet organisme avec ses 300 bénévoles sert au moins 400 aînés vivant seuls, souvent en perte de mobilité en assurant, entre autres, la popote roulante et le transport des personnes âgées. « Nos popoteurs ou nos chauffeurs sont avisés d’ouvrir les yeux, révèle-t-elle. Ce sont eux qui peuvent sonner l’alarme s’ils constatent des cas de maltraitance. » Pour elle, le plus gros problème est l’isolement des aînés, il est à l’origine de tous les drames.