Trash ta pancarte incite au vandalisme électoral
« Nous protestons contre le cirque électoral et nous nous réapproprions la politique hors des cercles partisans », affirme le responsable du site Trash ta pancarte. « Nous militons contre le système parlementaire de représentation, nous sommes pour la démocratie directe! »
En se réclamant de la mouvance libertaire, il préfère taire son identité. Mais il indique que le collectif dont il est issu regroupe une soixantaine d’individus désillusionnés disséminés dans 30 à 40 circonscriptions, dans toutes les régions du Québec.
S’ils militent « pour la fin de la naïveté de la population », ils dénoncent aussi la pollution visuelle et le gaspillage de fonds publics que les affiches constituent. D’autant plus que les pancartes servent à mettre en valeur les candidats, «un gros marketing de personnalités » déplore le jeune homme, qui préférerait qu’on parle davantage des idées.
Expert des mouvements sociaux alternatifs et des pratiques anarchistes, Francis Dupuis-Déri corrobore les propos du représentant de Trash ta pancarte. « Barbouiller une pancarte, c’est assez commun, ce geste d’irrévérence témoigne du cynisme. »
Ce professeur de science politique à l’UQAM pense que les pancartes à l’effigie d’un candidat contribuent à la personnalisation de la politique, dans une mise en scène bien orchestrée toutefois. Il explique que les gens détournent ainsi les campagnes électorales parce que les partis politiques sont perçus comme se ressemblant tous et formulant des promesses qu’ils ne tiennent pas, sans compter les révélations qui ont émané de la commission Charbonneau.
Plus de 200 000 visites ont été enregistrées sur le site depuis le déclenchement de la campagne. « Nous ne pouvions espérer meilleur succès », se réjouit notre interlocuteur anonyme. Mais il ne croit pas inciter le public à commettre un méfait. « C’est peut-être illégal, mais c’est légitime et tout le monde participe jovialement. »
Le DGE mécontent
«Nous ne sommes pas du tout contents », proteste le porte-parole du directeur général des élections. « Les élections ne devraient pas se passer comme cela ici », déclare Denis Dion.
« Mais on ne peut rien faire, nous ne sommes pas autorisés par la loi à sanctionner le vandalisme sur les affiches électorales », ajoute-t-il avant de signaler que les plaignants sont référés à la police.
« Soyez raisonnables, ne vous offusquez pas pour si peu », réplique le jeune homme libertaire. Il prétend que l’action du collectif contribue à la réappropriation populaire du message politique. « Pour une fois, ce n’est pas du haut vers le bas, mais du bas au bas. »
Les policiers surveillent
« En date d’aujourd’hui nous avons reçu une plainte seulement concernant un méfait sur une affiche électorale, indique Benoit Amyot, commandant du PDQ 27.
Il souligne que ces situations sont courantes durant les campagnes électorales. « Généralement, le nombre de méfaits varie d’une élection à une autre. Il arrive qu’il y ait des graffitis alors que d’autres années, ce sont les moustaches et lunettes qui sont en vogue », constate-t-il.
« Plusieurs de nos pancartes ont été barbouillées et d’autres enlevées, rapporte André Frappier, candidat de Québec Solidaire dans la circonscription de Crémazie. Lors de la dernière élection, nos pancartes sont pratiquement toutes disparues dans les 3 derniers jours de la campagne », observe-t-il. S’il admet qu’aucune décision n’a été prise pour porter plainte à la police, il avertit toutefois : « nous allons porter la question à l’attention du directeur des élections. »
« Nous avons appris que beaucoup de nos pancartes ont disparu, assure Évelyne Abitbol, candidate du Parti Québécois dans la circonscription de l’Acadie. Nous allons faire le point de la situation cette fin de semaine. » Est-ce que le parti pense à les remplacer? « Nous n’allons pas mettre l’argent dans le papier. Il y a des choses plus urgentes à faire », affirme-t-elle.
Quand des plaintes sont déposées, les policiers rédigent un rapport et vérifient s’il est possible d’identifier le ou les suspects. « Si un suspect est pris en flagrant délit, nous allons essayer de relier sa signature à d’autres méfaits, explique le commandant Amyot. Exemple, il inscrit le chiffre 101 sur l’affiche accompagné du dessin d’un soleil. Ce méfait lui est propre et on pourrait lier d’autres à lui. »
Sebastien Bouthillier et Amine Esseghir