Yanek Lauzière-Fillion répond aux questions de la rédaction
Question 1: « Si votre parti est élu, comment envisagez-vous de régler la crise étudiante qui secoue le Québec depuis plusieurs mois? »
Je peux vous dire que j’ai vécu de près le mouvement étudiant parce j’ai participé autant à quelques manifestations étudiantes qu’aux Casseroles d’Ahuntsic. J’ai été frappé de constater la présence de jeunes familles, dont le père ou la mère était en tenue de travail, casserole à la main et bébé à la maison, pour marcher dans le quartier vers 20h. À ce stade, la contestation avait dépassé l’épithète d’«étudiant» et était véritablement devenu un phénomène multi-générationnel.
Concernant les revenus et le financement du réseau d’éducation, il faut noter que dans le cas actuel, les étudiants paieront deux fois plus cher leurs frais de scolarité d’ici 2018. Un gouvernement d’Option nationale compte instaurer la gratuité scolaire balisée, c’est-à-dire encadrée par certaines règles. Par exemple, il ne serait pas possible de faire huit baccalauréats ; et un étudiant qui quitterait le Québec directement après avoir terminé ses études rembourserait à la société le coût de sa formation. Dix pays européens, dont les pays scandinaves, au sommet des classements économiques, ont instauré la gratuité. D’autres pays comme le Mexique, l’Argentine, le Maroc ou l’Algérie l’ont également mis en place. Nos gradués auront des salaires plus élevés et paieront plus d’impôts. Cela n’est donc pas un coût pour l’état, mais bien un bénéfice autant économique que social. Le prix de cette mesure est celui de notre affiliation au Canada : cinq avions de chasse F-35 ou un seul rapport d’impôt équivalent au coût de la gratuité scolaire.
Question 2: « Dans la foulée de la Commission Charbonneau, comment votre parti et vous voyez la lutte à la corruption? »
Option nationale est né dans la foulée du Printemps érable. À ce titre, notre parti souhaite instaurer des réformes démocratiques qui favoriseront la participation citoyenne, des économies d’argent pour le gouvernement et un système électoral plus transparent et représentatif.
Option nationale entend restreindre l’accès des lobbys aux instances gouvernementales. Nous mettrons sur pied une commission d’enquête publique qui, en plus de couvrir l’octroi de contrats et de subventions dans le secteur public, étudiera également la question des technologies de l’information, le financement des partis politiques et le processus d’appel d’offres fondé sur le plus bas soumissionnaire. Un vote pour Option nationale est un vote pour l’instauration du financement public des partis politiques. Ce faisant, le gouvernement cessera d’encourager indirectement la corruption et fera des économies en n’émettant plus de crédits d’impôt à des prête-noms.
La lutte à la corruption passe par une plus grande confiance des citoyens vis à vis leurs élus. Option nationale compte mettre sur pied une Commission nationale de la démocratie participative, instaurer des élections à date fixe et revoir le mode de scrutin afin d’y insérer une composante de proportionnalité. Avec un gouvernement d’Option nationale, la Commission Charbonneau aurait pu être mise sur pied plus rapidement étant donné que nous proposons de faire en sorte que la population puisse, en tout temps, imposer à une commission parlementaire un mandat d’initiative populaire si celui-ci recueille par le biais d’une pétition l’appui de 5% des électeurs inscrits.
Question 3: « Comment pouvez-vous répondre aux enjeux de l’expansion démographique dans votre circonscription (en termes d’aide sociale, de logements abordables, d’écoles, de garderies, d’intégration des immigrants, etc.)? »
Au niveau de l’immigration, Option nationale prévoit améliorer l’offre de services à l’intégration et de la francisation. En récupérant les transferts fédéraux découlant de l’Accord Canada-Québec de 1991, un Québec indépendant gérera de façon plus cohérente ses services d’intégration des immigrants. Je suis d’avis qu’il faudra revoir la grille de sélection afin de favoriser davantage les professionnels répondant à un pénurie de main-d’oeuvre. Cela devrait aider à augmenter le taux d’emploi des communautés immigrantes.
Afin d’accroître le personnel fonctionnel dans le réseau de la santé et désengorger les urgences, Option nationale prévoit réaliser des économies appréciables avec Pharma-Québec pour la production et le contrôle des prix des médicaments. Nous accorderons davantage de pouvoirs aux infirmières et pharmaciens et nous terminerons l’informatisation du réseau de la santé, ce qui devrait permettre aux Québécois d’avoir accès plus facilement à un médecin de famille.
Au niveau scolaire, la gratuité balisée de la maternelle au doctorat fera hausser notre taux de diplomation postsecondaire, améliorera les revenus et favorisera un taux d’emploi plus élevé. La dette des jeunes familles sera également allégée. Option nationale souhaite préserver le caractère public du système d’éducation en éliminant le financement du réseau d’éducation privée. L’argent ainsi épargné et réinvesti dans le secteur public serait de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars, tandis que le gouvernement épargnerait des dizaines de millions.
Question 4: « Des projets immobiliers comme celui proposé par le promoteur Musto, inquiètent les citoyens. En tant que député de Crémazie, comment envisageriez-vous les enjeux de densification et d’embourgeoisement de l’arrondissement? »
Le projet de 932 unités d’habitation sur le boulevard Henri-Bourassa à l’angle de la rue Meilleur, comportant huit immeubles de 8 à 12 étages, préoccupe les citoyens qui y voient une blessure géante dans leur quartier. Les citoyens dénoncent l’impact que pourrait avoir cette construction sur la valeur champêtre du quartier avec l’arrivée soudaine de quelque 2500 nouveaux résidents et une hauteur qui déroge aux règles du quartier.
Contrairement à d’autres projets de moindre envergure, il n’a pas été possible de consulter davantage les citoyens. En adoptant le projet avec le recours à l’article 89 de la Charte de la Ville de Montréal, le seul recours qui demeure pour les citoyens est l’Office de consultation publique de Montréal. La collaboration des élus municipaux et provinciaux est donc de mise afin de favoriser la plus grande concertation possible de tous autour de projets qui affectent la densité urbaine. Combien de nouveaux citoyens le quartier peut-il absorber ? Quelle est la stratégie autour du projet Musto en termes de prévention de la criminalité, de transport en commun et d’îlots de chaleur ?
En se désaffiliant du Canada, le Québec épargnera environ 7 milliards de dollars. Une partie de cet argent pourra être réinvesti dans l’économie sociale, notamment les coopératives d’habitation, ce qui devrait aider la population de Crémazie dont 20% vit sous le seuil du faible revenu.
(Source : Option nationale)