Hochelaga-Maisonneuve
11:45 9 novembre 2020 | mise à jour le: 9 novembre 2020 à 11:45 temps de lecture: 3 minutes

La lutte au gaspillage commence dans les poubelles

La lutte au gaspillage commence dans les poubelles
Photo: Archives Métro Média

Des centaines de Montréalais fouillent chaque soir les poubelles des épiceries pour en récupérer les denrées encore mangeables. Économique, cette pratique appelée déchétarisme ou dumpster diving (littéralement «plongée dans les poubelles»), met surtout en relief le fléau du gaspillage alimentaire.

«On a commencé le dumpster diving pendant la quarantaine, parce qu’on avait le temps. Les quantités de nourriture jetées par les commerces nous ont vraiment choquées. Depuis, 80% de notre alimentation provient de cette récupération», expliquent Jamil Ahmadi et Layane Duarte E Souza.

Tous deux auraient les moyens d’acheter leurs denrées. Jamil est salarié et Layane perçoit une bourse d’étude. Mais ils privilégient le glanage alimentaire pour lutter, à leur échelle, contre le gaspillage.

«Je remplis mon char de bouffe en 15-20 minutes, puis j’ai à manger pour 2 semaines et on est 4 à la maison.» – Renaud Bisson-Terroux, résident d’Hochelaga adepte du dumpster diving

Ramassage organisé

Le groupe «Dumpster Diving Montréal» compte plus de 7 800 membres sur Facebook. D’autres groupes rassemblent les adeptes par quartier, afin d’échanger des adresses où récupérer des denrées ou de proposer des surplus de récolte.

«Quand trop de gens pauvres commencent à faire une poubelle, on la fait moins souvent, pour leur laisser du stock. Je ne fais plus le marché Jean-Talon non plus, car on concurrençait avec des personnes âgées et c’était pas cool de leur voler des tomates parce qu’on cueille plus vite», dit Renaud Bisson-Terroux, un autre adepte du déchétarisme.

Dans un esprit de partage et d’entraide, beaucoup de cueilleurs proposent de partager leurs trouvailles sur Facebook ou les déposent à des endroits accessibles aux plus nécessiteux. «Nous sommes végétaliens mais on ramasse quand même les denrées bonnes pour ceux qui ne le sont pas, le but étant d’éviter leur gaspillage et parfois ça nous permet de les troquer», dit Jamil Ahmadi. Il précise qu’une petite partie des membres demeure toutefois réticente à partager leurs bons plans, pour ne pas voir ses lieux de cueillette envahis par d’autres.

Commerçants collaboratifs, ou pas

Poubelles cadenassées, aliments déchiquetés ou recouverts de savon: certains commerçants montrent clairement qu’ils n’aiment pas qu’on fouille dans leurs vidanges.

«L’autre fois je suis tombé sur environ 20 caisses avec 4 bidons de 4 litres d’huile d’olive. Ils avaient tous été percés», dit Renaud Bisson-Terroux. Il ajoute que beaucoup de commerces cadenassent leurs poubelles dans Hochelaga, ce qui le pousse à aller faire de la récupération alimentaire dans d’autres quartiers.

Les contraintes légales des commerçants peuvent expliquer certains actes de sabotage. Ils ne veulent pas d’ennuis si un problème sanitaire survient et officiellement, leurs poubelles demeurent leur propriété privée.

«On pose les choses délicatement pour permettre aux gens de les récupérer en bon état, puis on n’a jamais eu de problèmes et tout le monde laisse l’endroit bien propre», note Noissa, commis à la Fruiterie Papaye et Mangue sur la rue Ontario.

«Beaucoup de commerçants favorisent le dumpster diving mais ce serait bien qu’un changement légal incite les autres à donner leurs invendus, au moins aux plus nécessiteux», suggère Jamil Ahmadi.

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