Lise
Lise, je vous parle de Lise, mais elle a plusieurs visages Lise.
Celui de la peur. Peur de vieillir seule, peur de souffrir, peur de perdre un être cher. Peur de prendre du poids, peur de déplaire, peur de ne pas être toujours à la hauteur. 60 ans, ce n’est pas vieux, mais ce n’est pas vraiment jeune.
L’histoire de Lise, c’est l’histoire d’une femme qui n’a pas vu le temps passer. Née d’une famille ordinaire, elle s’est fabriqué une vie extraordinaire. Rien de vraiment spécial, le goût du bonheur et les efforts pour y arriver. Avec de petits outils, elle a façonné sa vie avec l’envie de tout connaître. Curieuse et porteuse de joie, elle a un tempérament généralement enjoué et rayonne dans son environnement, comme un bouquet de fleurs coupées qui ne faneraient jamais. Lise c’est une fleur, une fleur unique.
Je ne la vois pas très souvent. Je l’aime bien, elle habite dans le Sud-Ouest, Verdun je crois. À la retraite depuis trois mois, elle apprivoise sa nouvelle vie. Je vous parlais de ses peurs, mais qui n’en a pas? Moi, par exemple, j’ai peur des souris, mais c’est autre chose. Elle a bien réglé la peur de vieillir seule, trop d’essais, trop d’erreurs, les sites de rencontres, les speed-datings, les blind-dates de toutes sortes, rien n’a fonctionné, zéro comme dans Ouillette. Elle a tourné la page sur une vie de couple possible, trop peu, trop tard. Dans la vingtaine, elle aurait connu le grand amour, un coup de foudre terrifiant, m’a-t-on dit. Six mois plus tard, la rupture fatale. Un pénible avortement aurait laissé des traces profondes dans son cœur. Elle n’en parle jamais. Depuis le temps, elle fait comme si ce n’était jamais arrivé.
Aujourd’hui, elle a moins peur de mourir. Elle a côtoyé la grande faucheuse durant sa carrière d’infirmière toute sa vie. Elle a vu tous les jours, l’espoir s’éteindre dans le regard de ses patients, la douleur devenir insupportable. Pour Lise, donner au grand malade le droit de mourir dans la dignité, ce n’est pas un choix, mais un devoir. La mort, ça fait partie de la vie. Elle n’est pas triste pour autant. Lise est gaie et possède en elle tellement de ressources qui la disposent au bonheur. Une amie zen qui adore le yoga, la marche, les mots croisés, le vin et ses amis(es). Elle respire par le nez.
Lise a le visage de votre cousine, de votre voisine, de votre belle-sœur. Une madame tout-le-monde, avec un léger surplus de poids, comme elle osait l’avouer sur sa fiche de Québec-Rencontres. Elle mange ses émotions dit-elle. Elles sont sucrées ses émotions. Toujours bien mise, elle fait du bénévolat depuis sa retraite, une popote roulante je crois, mais je n’en suis pas certain, quelque chose avec la bouffe assurément. Dans la soixantaine, elle n’a pas encore appris à dire non. Quarante ans à donner de soi, une vie pour les autres. Il est temps pour elle de se gâter, de penser à elle, comme si elle était la personne la plus importante dans sa vie. Allez Lise, respire par le nez et laisse entrer tout le bonheur que tu as donné. Bonne retraite!