Une mission bien difficile
Dans moins de neuf mois, un nouveau maire siégera à l’hôtel de ville de Montréal. Les électeurs montréalais auront à choisir de nouveaux administrateurs dans une trentaine de semaines et pourtant, à ce jour, on sait bien peu de choses sur les choix qui leur seront offerts.
Il n’est pas nécessaire d’être un grand devin pour être en mesure de prédire qu’Union Montréal a peu de chances d’être reportée au pouvoir, en novembre prochain. L’image de ce parti a été irrémédiablement ternie par les témoignages entendus devant la commission Charbonneau et plusieurs des conseillers élus sous cette bannière ont même décidé d’en quitter les rangs. Il serait donc fort surprenant que cette formation politique soit dans le paysage électoral, lorsque la campagne officielle débutera.
Vision Montréal et Projet Montréal ont bénéficié d’une large place dans les médias, au cours des dernières années. Leurs chefs, Louise Harel et Richard Bergeron siègent au conseil municipal depuis plusieurs années, mais on les connaît surtout pour leurs critiques à l’endroit du «pouvoir».
Les sondages démontrent que Denis Coderre les devance nettement auprès de l’électorat montréalais. On saura, dans quelques semaines, si celui-ci sera candidat à la mairie de Montréal, car il n’attendrait que la fin de la campagne à la chefferie au Parti libéral du Canada pour faire connaître sa décision. Jusqu’à présent, cependant, on en sait très peu sur son éventuel plan d’action et il n’a pas encore confirmé qu’il formerait un parti politique. Il soutient avoir de bonnes idées pour combattre la collusion et la corruption, mais on en sait très peu sur les mesures qu’il envisage pour redonner à la plus grande ville du Québec le prestige et le dynamisme qui lui ont déjà valu le titre de métropole du Canada.
Les enquêtes des dernières années ont contribué à faire baisser considérablement le coût des travaux publics. Et pourtant, les taxes continuent d’augmenter tandis que les services continuent de se détériorer. Les collecteurs d’égout et les conduites d’aqueduc éclatent, les rues sont paralysées par la congestion, les nids-de-poule prolifèrent, le transport collectif ne répond plus aux besoins, le développement commercial est au ralenti.
Présentement, tous les yeux sont rivés sur la corruption et la collusion dans l’octroi des contrats à la ville de Montréal. En supposant que la commission Charbonneau parvienne à enrayer totalement ces fléaux, est-ce que les grands problèmes de la ville de Montréal seront réglés? C’est bien peu probable, car il faudra beaucoup plus que des démissions et des condamnations d’élus et de fonctionnaires pour régler les problèmes qui nuisent à l’essor de Montréal.
Qui aura le courage de s’attaquer, dans le climat actuel, aux grands problèmes qui assaillent cette ville qui compte plus de 1,6 million d’habitants répartis en dix-neuf arrondissements? Il devra être un gestionnaire hors du commun, pouvoir affronter les groupes de pression, les tout puissants syndicats municipaux et les adversaires politiques. Il devra en outre s’entourer de gens aussi compétents et irréprochables que lui et présenter un plan d’action cohérent pour la durée du mandat qu’il sollicitera. Se préparer à tout cela, en moins de quarante semaines, c’est une mission bien difficile.