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Bises d’automne

Première étape de notre voyage après notre départ du Lac Champlain, New York déploie ses charmes dominicaux dès que nous y abordons. Après les dernières semaines de temps maussade et de bise d’automne, après les dernières semaines de préparation acharnée et de navigation accélérée, cette Grosse Pomme servie en cidre chaud nous fait un bien fou.

Une préparation interminable

Il faut dire que nous l’avons bien mérité. Même si nous travaillons d’arrache-pied sur le bateau depuis le mois d’avril, au 1er octobre, date de départ prévue, nous ne sommes toujours pas prêts. Il faut dire que, puisqu’il s’agit de notre premier bateau, nous manquons d’expérience pour évaluer le temps nécessaire aux travaux entrepris. Il faut dire aussi que les embûches sont nombreuses, les contre-temps, légion. Et lorsqu’enfin, avec une semaine de retard, nous sommes assez près d’être prêts pour partir, les morsures du froid nous donnent une raison supplémentaire pour larguer sans plus attendre les amarres : petits et grands s’habillent en pelure d’oignon et mettent leurs vêtements d’hiver lorsqu’ils sortent du bateau. Seule à la barre, je chante à tue-tête pour me réchauffer : « Emporte-moi au bout de la terre, emporte-moi au pays des merveilles… »

New York : le fruit défendu… par plusieurs obstacles

Pour fuir le froid, nous naviguons par bouchées doubles : les journées ont souvent près de 12 heures, du lever au coucher du soleil. Si New York s’offre aisément pour le citadin, elle est un fruit qui se gagne de longue lutte pour le navigateur. D’abord, il faut traverser dans toute sa longueur le Lac Champlain. Ensuite, on emprunte le canal Champlain et ses douze écluses pour lequel il faut démâter (1). Combiné à la quille, le mât est en quelque sorte la colonne vertébrale du bateau. Le démâtage implique d’en dévisser les terminaisons nerveuses, pataras, haubans, étais, etc. et de coucher le tout sur le pont à l’aide d’étriers. C’est toujours une opération délicate pour le patient et très stressante pour sa famille. Enfin, arrivés sur la rivière Hudson, il faut remâter (l’opération est inverse, mais tout aussi stressante et délicate) et descendre jusqu’à New York à la rencontre des marées et de l’eau salée.

Notre première nuit new yorkaise est épique : ça roule, ça tangue, ça gigue.  Ça craque et claque. Impossible de dormir sur nos deux oreilles, les enfants veillent, effrayés par le raffut, nous sortons souvent sur le pont pour nous assurer que tout tient. Bonnes bises de New York

Le lendemain, après une petite marche autour de la 79e rue, nous partons en quête d’un mouillage plus paisible. Nous le trouvons, pittoresquement niché derrière la Statue de la Liberté. Sa quiétude n’a d’égal que… son éloignement. Il nous faut compter plus d’une heure de transit pour atteindre Manhattan. Nous faisons donc quelques journées interminables pour rentabiliser le temps de déplacement, arpentons Central Park et la 5th Avenue, mais rapidement, entre des enfants crevés et un ravitaillement difficile de par notre éloignement, il nous faut remettre à plus tard le plaisir de goûter aux délices que recèle la ville.

D’autant plus que devant nous s’ouvre l’Atlantique. Et si les enfants rêvent à l’Halloween, leurs parents se concentrent à finir de préparer le bateau pour une première traversée de 24 heures entre cargos, bouées et bateaux de pêche. Nous ignorons encore que ce sera encore plus ardu que prévu, puisque nous aurons à fuir l’ouragan Sandy qui installera sa trajectoire sur nos talons… (à suivre)

Catherine Desgagnés

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