Le Canada: nouvelle république de bananes
La politique est souvent sale. C’est une compétition dans le cadre de laquelle les uns se dressent contre les autres; ceux-ci étant souvent plus ambitieux que brillants. Ce qui veut dire que les coups en bas de la ceinture sont non seulement tolérés, mais même encouragés. Mais il y a des limites à tout. Le politicien américain Adlai E. Stevenson a déjà déclaré: «Le plus dur durant une campagne électorale est de savoir gagner sans donner l’impression que vous n’êtes pas digne de gagner.»
J’avoue faire souvent preuve de prétention comme canadienne lorsque je discute politique avec certains amis américains. J’ai toujours fait l’erreur de croire que nos campagnes électorales et nos disputes politiques étaient plus éthiques ici qu’ailleurs. Mais ces dernières semaines, avec l’avènement des Vickileaks et des appels automatisés (les robocalls) à des électeurs, je ne peux plus prétendre à quelque supériorité morale que ce soit.
Il est inconcevable, selon moi, que des appels téléphoniques frauduleux aient été logés dans quantité de circonscriptions, auprès d’électeurs néo-démocrates ou libéraux pour leur dire que leurs bureaux de vote avaient déménagé; le tout possiblement orchestré par des conservateurs, même si le premier ministre Harper nie ces allégations et qu’aucune preuve le relie, lui et son parti, directement aux faits.
Soit, les coups bas existent. Mais ceci n’est pas qu’une tentative de dernière minute pour influencer des électeurs, c’est carrément de la fraude électorale. Et quand Élections Canada et la GRC iront au fond de toute cette affaire, les coupables devront être jugés et condamnés en bonne et due forme parce que c’est une atteinte directe à la démocratie.
Le chroniqueur de The Gazette, L. Ian Macdonald, que j’apprécie lire même si je ne partage pas toujours ses opinions, a clairement indiqué sa vraie nature, sinon sa vraie couleur politique, lorsqu’il a récemment écrit: «Même s’il y a eu des appels automatisés, Stephen Harper a clairement gagné les dernières élections. (…) Les coups bas ne sont rien de nouveau en politique. Parfois, ils sont même plutôt amusants.»
Amusants? En tant que contribuable canadien, je ne trouve rien d’«amusant» dans le fait que de la fraude électorale ait eu lieu durant une campagne électorale qui a coûté 300 millions de dollars aux Canadiens et je trouve cette négation des faits de la part de ce journaliste toute aussi inquiétante.
Je n’en ai rien à cirer du fait que les résultats finals de l’élection soient les mêmes. La dernière fois que j’ai vérifié, je ne vivais pas dans une république de bananes et je m’attends à ce que mes politiciens et que les médias d’ici reflètent cette réalité.
Macdonald peut sous-estimer le sérieux de toute l’affaire, mais de telles pratiques sont illégales au Canada. Il est illégal de se présenter comme un agent officiel mandaté par Élections Canada et il est illégal d’induire en erreur des électeurs.
L’humoriste Rick Mercer a frappé sur le bon clou lorsqu’il a commenté le scandale des appels automatisés à son émission de télé «The Mercer Report»: «Je comprends qu’en politique, il y a toujours eu des coups bas. Mais on n’a pas affaire ici à des types complètement saouls qui déchirent des affiches électorales. Ce n’est pas non plus une campagne de presse négative. Il s’agit de sommes d’argent majeures et d’une technologie employées pour physiquement empêcher des citoyens d’aller voter. C’est inacceptable. Si empêcher les gens d’aller voter devient normal, nous aurons alors atteint un fond du baril encore plus bas en politique canadienne.»
Le fin fond effectivement.