Dangereux et délicieux…
Montréal est le véritable centre nerveux culturel de toutes les décadences les plus délicieuses, que ce soit en gastronomie, en musique, dans les arts ou dans le monde de la mode. Nos ponts et nos viaducs s’écroulent peut-être et une enquête sur la corruption est sur le point de démarrer, mais cela ne nous empêche pas de faire la fête pour autant. La devise de notre ville a beau être Concordia Salus (le salut par la concorde), avouons-le, cette définition est des plus ennuyeuses. Pourquoi donc ne pas plutôt emprunter le proverbe japonais : «nous sommes de toute façon des fous, que nous dansions ou non; alors aussi bien danser». Cela conviendrait mieux au caractère de cette ville. Mais probablement que cette dernière devise était trop longue!
Ben Wilkins: une étoile montante
La semaine dernière, le musicien montréalais Ben Wilkins lançait son album éponyme et je l’écoute depuis non-stop. Son CD tourne même pendant que j’écris ces lignes. Ses arrangements pianistiques, son quartet de cordes, la basse et les percussions, rappellent le romantisme de la fin des années 60 et 70. Wilkins, qui a étudié le jazz et la musique classique à McGill est un hommage indirect au son sirupeux de Burt Bacharach, mais avec une voix qui lui est propre. «Soup For One» et «Through To You» sont mes pièces favorites. Je lui prédis un avenir brillant.
La cinématographie grecque à l’honneur
Le Festival du film grec de Montréal présentera sa troisième édition de films helléniques récents et classiques, du 28 octobre au 3 novembre. Malgré les difficultés économiques de la Grèce, le cinéma grec actuel jouit d’une nouvelle reconnaissance internationale depuis quelque temps avec de récents films aussi sensibles qu’intrigants. Le festival clôturera avec la présentation de la coproduction israëlo-grecque, «My sweet canary», qui retrace la vie et la carrière de la chanteuse de rembético, Roza Eskenazy (1895-1980). Une occasion pour les Montréalais de découvrir quelque chose de typiquement grec qui va au-delà des souvlakis et du fromage feta!
www.montrealgreekfilmfestival.com
Joe Beef : les rock stars gastronomiques de Montréal
Quiconque a déjà eu le plaisir de manger au restaurant Joe Beef, dans le Sud-Ouest, comprend pourquoi le nouveau livre de ses copropriétaires et chefs, Fred Morin et David McMillan, «L’Art de vivre», attire autant l’attention. Ce n’est pas rien que de s’installer au milieu de nulle part, de nommer son établissement en l’honneur des origines ouvrières de l’endroit et d’en faire l’une des tables les plus esthétiques, les plus originales et les plus délicieuses de la ville – voire même de la planète.
Je me suis entretenue avec Fred Morin lors du lancement du livre au Parisian Laundry et il m’a parlé de son attachement envers le Sud-Ouest («j’aime de tout cœur cet endroit») et jusqu’à quel point il apprécierait que son restaurant soit plus abordable pour pouvoir rejoindre plus de monde.
«Si vous servez de la nourriture éthique et de grande qualité et que vous payez honorablement vos agriculteurs et vos cultivateurs, c’est impossible d’avoir des prix plus bas», explique-t-il. «Je n’ai rien contre les trucs à bas prix. Regardez!…» me dit-il en pointant son t-shirt blanc en riant : «c’est un Joe Fresh».
Le lancement, qui s’est effectué aux rythmes du DJ Kid Koala réunissait les chefs des restaurants Icehouse, Bremner, Burgundy Lion, Grumman 78, Norah Gray, etc. Tous contribuant aux délices culinaires et aux libations de cette soirée, dans un véritable esprit de respect mutuel. «Je n’en ai rien à cirer des chicanes de clôture», explique le chef Morin, «pourquoi ne devrions-nous pas nous entendre? Après tout, nous aimons faire les mêmes choses.»
Le réputé chef new-yorkais, David Chang, qui a signé la préface de ce livre divertissant, avoue que Joe Beef est le restaurant qu’il préfère d’entre tous, sur la planète.
«Je ne crois pas quelqu’un puisse recréer ce que ces gars-là font. (…) Je pense qu’on retrouve là-dedans un peu de la magie de Montréal, et que ça ne peut fonctionner là-bas qu’avec tous ces fous de Canadiens français.»
Le critique gastronomique Anthony Bourdain a qualifié le livre – et notre ville – de «dangereux et délicieux».
Peut-être qu’après tout cela devrait être la devise de notre ville…