La démocratie des groupes de pression
Lundi soir, en rentrant chez moi, j’écoutais la définition de la démocratie qu’exprimait un commentateur. Il dénonçait le fait que le gouvernement élu ne semblait pas vouloir tenir compte des groupes de pression, dans les décisions qu’il prend, au nom de la collectivité. Pour lui, c’est antidémocratique.
Chacun a droit à ses opinions, mais je me demande si, contrairement à ce que soutient ce brillant chroniqueur, les élus n’ont pas précisément le devoir de décider au nom de la collectivité. À mon avis, le plus grand malheur qui guette une société comme la nôtre, ce ne sont pas les décisions trop hâtives, c’est la lourdeur de l’appareil gouvernemental qui paralyse le système.
Un bel exemple, de cette lourdeur, ce sont les hésitations gouvernementales dans la mise en place des radars photo. On exploite cette technologie avec succès, partout, à travers le monde, mais au Québec, on analyse, on étudie, on hésite. Après un premier test qui a duré quelques années, on va implanter quelques appareils, ici et là, pour faire de nouveaux essais.
À mon avis, c’est exactement le contraire qu’il faudrait faire. Si l’on tient absolument à mesurer les avantages des radars photo, on devrait en implanter un grand nombre, sur un tronçon routier de quelques kilomètres. En les disposant à faible distance, les uns des autres, on couvrirait efficacement l’ensemble du secteur visé par cette analyse. Tous les conducteurs qui dépasseraient la vitesse permise, dans ce secteur, seraient automatiquement captés par ces appareils. Ils n’auraient qu’un choix: ralentir ou payer une forte amende.
Je suis prêt à parier que tous les usagers de cette voie de circulation observeraient alors la réglementation. Bien sûr, rien n’empêcherait les décideurs, de fixer une limite raisonnable sur ce tronçon de circulation.
Cette expérience pourrait être reproduite à des dizaines, des centaines d’exemplaires, sur nos routes, à travers le Québec. Il existe assurément d’autres appareils qui permettraient de contrôler efficacement la réglementation sur les voies réservées et une multitude d’autres infractions au Code de la sécurité routière.
Ce serait trop simple et ça déplairait aux groupes de pression. On a donc décidé de permettre aux conducteurs de déjouer le système. Ils lèvent le pied, dans la zone du radar photo et ils reprennent de la vitesse, quelques dizaines de mètres plus loin. Et après, on dira que ces appareils ne donnent pas les résultats escomptés.
Le gouvernement dispose pourtant des pouvoirs pour agir de façon plus expéditive. Il ne le fait pas, par crainte des réactions du public. Il ne faut pas s’en étonner, quand on constate ce qui se passe dans le conflit qui l’oppose aux syndicats d’étudiants.
Pour une fois, le gouvernement Charest semble déterminé à adopter les mesures qu’il juge nécessaires pour assurer le financement de l’enseignement universitaire. On a vu tout de suite à quel bois se chauffent toutes les «bonnes âmes» qui jouissent de tribunes privilégiées (financées par ce même gouvernement) pour exprimer leurs vues.
Les artistes ont parlé. Ils encouragent la «lutte» des étudiants.
Et voilà! On bloque les ponts, on renverse des voitures, on prive les gens de se rendre à leur travail, chez leur médecin, à l’hôpital.
Bravo! C’est cela, la démocratie des groupes de pression.